Eglise du Broc (AM)

 Le Broc est un vieux village pittoresque des Alpes-Maritimes, mitoyen à la commune de Carros où Guillonnet avait son atelier. Moins de quatre kilomètres séparent ces deux lieux. Le Broc offrait à Guillonnet un lieu de promenade privilégié. On ne compte plus les œuvres inspirées par ce petit village.

Carte postale d’époque de la Place principale du Broc

 Cette fontaine, centrale au village, fut maintes fois peinte par Guillonnet. La municipalité du Broc détient l’une de ces représentations :


La fontaine du Broc – (propriété de la commune du Broc)

 Guillonnet, reconnaissant à la population de ce village de l’accueil qui lui fut toujours réservé, leur offrit la décoration de leur église par de grandes fresques et un Chemin de Croix (1).


Eglise Sainte-Marie-Madeleine (Le Broc)

L’église Sainte-Marie-Madeleine du Broc date du XIVe siècle et se distingue par sa tour de pierre et ses portes basses que la Renaissance n’a pas effleurées.

Fresque du chœur

Guillonnet y recouvre le fond du chœur d’une fresque impressionnante couvrant le mur en son entier. Dans un cadre de mosaïque, un immense Christ en croix se détache, exhalant toute la souffrance humaine dans un relief saisissant. Sous les bras de la croix, une frise d’anges nimbés semble attendre, dans la prière, le dernier souffle du Rédempteur, cependant que, déjà, autour de la tête du Christ, s’irise l’auréole de la gloire éternelle.

Fresque du chœur (détail)

Deux tableaux encadrent ce motif principal :

A gauche, c’est la montée du Calvaire.


Fresque du chœur (détail) La montée au Calvaire

Jésus plie sous le poids de son instrument de supplice. La soldatesque et le populaire expriment, dans des faciès rudes, toute la bêtise et toute la méchanceté terrestre ; les saintes femmes y opposent la pitié, la douceur, la résignation de visages sublimes.

A droite, c’est la Descente de la Croix.

Fresque du chœur (détail) La descente de croix

On retrouve les mêmes personnages, animés par d’autres sentiments. La virulence du panneau voisin s’est éteinte au pied de la croix. Il y a du silence, de la ferveur, de la douleur recueillie autour du grand linceul blanc. Avec ses tons bleutés et gris, Guillonnet démontre une belle maîtrise dans sa composition.
 
« On ne sait, tant on est pénétré par tout ce qui s’en dégage, ce qu’on doit admirer le plus de la facture picturale, solide et inspirée, ou de la perfection du dessin », écrira D-J. Mari (2).

Guillonnet a présenté ces deux tableaux au Salon des artistes français de 1939.

Pour l’autel latéral gauche, Guillonnet a traité, sur bois, les deux patrons de la paroisse :

Autel dédié à Saint Antoine et Sainte Marie-Madeleine

 

A gauche, un saint Antoine à l’heure de la tentation (3). C’est là, peut-être, qu’éclate le génie de Guillonnet. Son saint Antoine n’est pas un être surnaturel, déjà touché du doigt de Dieu et convaincu de sa grâce ; c’est un pauvre homme qui souffre et qui lutte pour résister à la tentation que Guillonnet a représentée sous l’aspect de monstres asiatiques. Ses traits, burinés par l’âpre combat intérieur, sont d’une vérité frappante ; toute la tension d’une âme qui se sent perdue et qui s’accroche au fil ténu de la prière, ils la reflètent avec une intensité presque brutale.

 

A droite, c’est une Marie-Madeleine qui crie au ciel sa repentance. Dans un décor qui évoque la Sainte-Baume, elle s’est écroulée au pied d’un rocher, son beau visage noyé de larmes. C’est une autre faiblesse humaine, faite de grâce et de fragilité, qui contraste avec la violence de celle de saint Antoine, mais qui n’est pas moins dramatique.

 

 

 

A ces fresques, Guillonnet ajoute un Chemin de Croix en camaïeu de bleu, dans lequel la couleur dominante s’assombrie d’étapes en étapes en fonction de sa dramaturgie.

 

  • Station 1 - Jésus est condamné à mort
  • Station 3 - Jésus tombe pour la 1ère fois
  • Station 4 - Jésus rencontre sa mère
  • Station 5 - Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
  • Station 6 - Sainte Véronique essuie la face de Jésus
  • Station 7 - Jésus tombe pour la 2ème fois
  • Station 8 - Jésus console les filles d’Israël
  • Station 9 - Jésus tombe pour la 3ème fois
  • Station 10 – Jésus est dépouillé de ses vêtements
  • Station 11 – Jésus est cloué sur la croix
  • Station 12 – Jésus meurt sur la croix
  • Station 13 – Jésus est déposé de la croix
  • Station 14 – Jésus est mis au tombeau
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Ce Chemin de Croix fut présenté au Salon des Artistes français de 1941.

Le musée Rolin à Autun détient dans son fond les esquisses de ce Chemin de Croix. Les 14 stations du Chemin de Croix sont représentées sur des petits calques de 14 x 19 cm, collés les uns à côté des autres, le tout collé sur un carton de grande taille. Ces esquisses viennent d’un don effectué par la Société Eduenne des Lettres, Sciences et Arts, qui est l’une des plus anciennes parmi les sociétés savantes françaises.


Etudes au Chemin de croix (Musée Rolin à Autun)

Il semble que la Société Eduenne ait bénéficié de ces études à la suite d’une donation intervenue à l’occasion de la succession d’Eugène Chevalier, grand collectionneur des peintres du groupe Nabi (Maurice Denis …).

 Etudes pour le Chemin de Croix de l’église du Broc – (Musée Rolin à Autun)

Le 15 août 1939, la commune du Broc, à l’initiative de son président du Comité des fêtes, M. Dozol, a fait sceller dans le mur de cette église une plaque pour exprimer la reconnaissance de la commune à l’artiste des lieux.


Visite pastorale de l’évêque de Nice, en 2010, à l’Eglise du Broc

Notes :

  • (1) Il y a encore quelques années on pouvait croiser dans les rues du village des anciens, très fiers d’avoir servi de modèle à l’un des personnages du Chemin de Croix. Un blog de randonneurs, en passant par Le Broc rapporte ainsi le témoignage du maire de l’époque, Emile Tornatore : http://sentiers.village.free.fr/Sortie45/Sortie45.htm
  • (2) D-J. Mari dans L’Eclaireur du 17 août 1939.
  • (3) Le musée d’Autun possède une autre version de la tentation de St Antoine :


    La tentation de Saint Antoine – Musée Rolin à Autun