La collégiale Saint Etienne à Jargeau

 Jargeau est une petite commune située dans le Loiret à une vingtaine de kilomètre d’Orléans. C’est l’une des premières villes johanniques (1).

Guillonnet, de santé fragile, y passera toute sa petite enfance chez sa grand-mère qui y demeure. Jargeau est sa première petite patrie, bien qu’il soit né à Paris.

En juillet 1956, quand Guillonnet se croit à l’aube de sa vie, celui-ci prend la plume pour se souvenir de son enfance : « Cette longue vie … commencée sous de mauvais auspices, ma pauvre maman blessée par ma venue et moi-même atteint d’une congestion pulmonaire à ma naissance m’a doté d’une enfance maladive … Mes parents absorbés par un travail sans relâche pour se constituer une bien modeste aisance … c’est pendant ce temps que ma chère grand-mère, Rosalie Allègre, s’est occupée de moi. Sa mort quand j’ai eu 12 ans a été mon premier gros chagrin. »

Guillonnet peignant devant le pavillon de sa grand-mère en présence de son épouse et de sa mère

 Guillonnet restera attaché toute son existence à cette petite commune. Il y trouvera l’un de ses premiers et l’un de ses plus fidèles « supporteurs », le docteur Albert Viger natif de Jargeau et député puis sénateur du Loiret.

Le glorieux passé de Jargeau va nourrir les prémices de sa culture, comme la bataille dite de Jargeau au cours de laquelle Jeanne d’Arc libéra la cité et fit prisonnier son capitaine anglais, William de la Pole, duc de Suffolk  (12 juin 1429). Toute sa vie Guillonnet glorifiera l’image de Jeanne d’Arc. Sa rencontre, à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, avec son maître Lionel Royer (2) renforcera ce socle culturel. C’est donc tout naturellement que Guillonnet participe à l’âge de 20 ans au concours pour la réalisation des vitraux de la cathédrale d’Orléans.

La première illustration que Guillonnet publiera dans la presse, pour la revue Mame, sera la vision de Jeanne entendant ses voix.

Illustration pour la revue Mame « ‘Va, va, Fille de Dieu »

En 1912 c’est à Guillonnet que Frantz Funck-Brentano fait appel pour illustrer son édition de luxe de « Jeanne d’Arc ». A chaque page de texte de Funck-Brentano répond une illustration de Guillonnet (3).

Rappelons-nous : Le 8 mai 1429 Jeanne d’Arc libère la ville d’Orléans assiégée depuis quelques mois par la soldatesque anglaise. Les anglais en déroute se réfugient dans les places fortes voisines. Jeanne d'Arc décide alors de libérer toute la route qui permettra au dauphin Charles d’aller à Reims pour y être sacré roi. Ainsi le 12 juin 1429, au deuxième jour de la bataille de Jargeau, elle se retrouve au pied des murailles et y grimpe à l’aide d’une échelle lorsqu’une pierre lancée du haut de celles-ci la fait chuter. Elle se relève et exhorte ses compagnons : « Amis, amis, sus, sus ! Messire a condamné les Anglais. A cette heure, ils sont nôtres ; ayez bon cœur ! ». Et les français s’emparent de Jargeau. Ces événements inspirent cette illustration à Guillonnet.

La prise de Jargeau in « Jeanne d’Arc » de Funck-Brentano

Comme après chaque bataille Jeanne va prier dans l’église du lieu. La collégiale Saint Etienne de Jargeau s’enorgueillit encore de cette prière faite en son chœur.


Collégiale Saint-Etienne de Jargeau

Aussi, au cours du temps, tous les enfants et artisans de Jargeau aimèrent exercer le meilleur de leur art pour toujours plus l’embellir. Au XVIIIe siècle c’est le ferronnier local, P. Perdoux, qui forgea la magnifique chaire qui l’orne toujours.


Chaire forgée par P. Perdoux, artisan du village

Fidèle à cette tradition, Guillonnet contribua à son tour, en 1952, à l’enrichissement de l’église de son enfance.

Pour l’ornementation du mur du chœur il réalisa une grande fresque, aux couleurs riches et nuancées, glorifiant Jeanne d’arc. Jeanne y est représentée en armure et à cheval, étendard au vent, chevauchant avec détermination sous la protection de ses voix. « Interrogée si c’était la voix d’un ange qui lui parlait ou si c’était la voix d’un saint ou d’une sainte, ou celle de Dieu directement, elle répondit que cette voix était celle de sainte Catherine et de sainte Marguerite. Et leurs figures sont couronnées de belles couronnes très riches et très précieuses » (4). Sainte Catherine tient sa palme de martyre dans la main droite et s’appuie de la main gauche sur la roue de son supplice ; Sainte Marguerite tient sa palme de martyre dans la main gauche et dans la main droite l’épée-croix avec laquelle elle a déchiré les entrailles du dragon gisant à ses pieds ; Saint Michel est en arrière-plan et la voix dit « va, va fille de Dieu » … je suis avec toi.


Fresque à Jeanne d’Arc (photographie d’époque)

Les blasons qui encadrent le sujet principal sont ceux des compagnons d’arme de Jeanne (Jean II d’Alençon, Jean Poton de Xaintrailles, le Connétable de Richemont, Aubert d’Ourches, Jean de Dunois, etc)


Cette fresque fut accrochée dans l’église en juin 1952.


Fresque à Jeanne d’Arc (état actuel)

Guillonnet associa un Chemin de Croix à cette fresque. Il fallut plusieurs mois pour maroufler les toiles de Guillonnet et les adapter aux emplacements réservés. Ce travail fut achevé en novembre 1952.

 

 Vue sur la sixième station du Chemin de Croix

Sixième station : « Voici l’heure d’être cette femme généreuse qui fendit la foule pour assister Jésus. Voici l’heure de lui tendre notre cœur afin d’y recevoir l’empreinte de ses douleurs. » Mireille Dupouey (Lettres) (5).

L’abbé Christian Legrain, curé doyen de Jargeau à l’époque, commentera ainsi en 1953 (4) le Chemin de Croix de Guillonnet :

« Son art est franc, net, sain. Il reste classique, au meilleur sens du terme, mais sachant éviter les conventions et les formules, gardant toujours une grande spontanéité et une vie intense.
« Toutes ces qualités, nous les retrouvons, comme en une synthèse, dans son Chemin de Croix peint pour l'église de Jargeau.
« Voyez l'harmonieuse composition dans les épisodes successifs de la marche au supplice et dans les dramatiques évocations des dernières stations.


Vue du Chemin de Croix de Guillonnet dans la collégiale St Etienne de Jargeau (photographie d’époque)

« Quelle variété dans les décors, rues de Jérusalem ou ciel orageux du Calvaire, dans la multiplicité vivante des personnages, dans ces silhouettes campées souvent par une simple tache de couleur, dans ces légionnaires romains et leurs chevaux, si décoratifs !
« Tout cela, d'un naturel parfait, sans que rien ne vienne nuire à l'unité de chaque scène, ni à celle de l'ensemble : le Christ reste partout le personnage essentiel et central vers qui tout est ordonné et dont le jeu de la lumière souligne les attitudes.
« C'est bien l'« homme de douleur » qui est représenté, et de manière poignante, mais c'est aussi le Dieu qui garde son infinie grandeur. Nous la sentons, cette grandeur, dès la première station : Pilate juge, la foule hurle, mais le regard ne peut se détacher de Jésus qui domine majestueusement la scène. Chaque tableau offre les mêmes contrastes et la même vie.
« La couleur est volontairement sobre et dépouillée, avec sa curieuse dominante verte, et la lumière des premières stations va s'assombrissant, en accord avec la progression du drame, jusqu'à la nuit de l'extraordinaire douzième station où le corps de Jésus se détache sur la croix, tragique, auprès de l'ombre douloureuse de Marie qui s'unit, pleure, souffre avec Lui.
« En contemplant cette œuvre, nous trouverons bien des raisons d'admirer, mais plus encore, elle nous touche et nous émeut, car elle parle intensément à notre cœur.
« Une fois de plus se vérifie à son sujet, la belle pensée de Rodin parlant de l’art religieux dans son livre sur les Cathédrales : « En pénétrant les yeux, la beauté éveille le cœur à l'amour, et hors l'amour, rien ne vaut ».

Vue du Chemin de Croix de Guillonnet dans la collégiale St Etienne de Jargeau

La forme trilobée des tableaux de Guillonnet a été imposée par les boiseries qui leur servent de cadre. Ce beau travail d'ébénisterie a été réalisé de 1903 à 1932.

Vue sur les stations 11 et 12 du Chemin de Croix

 

  • Station 1 – Jésus est condamné à être crucifié
  • Station 2 – Jésus est chargé de sa croix
  • Station 3 – Jésus tombe pour la 1ère fois
  • Station 4 – Jésus rencontre sa mère Marie
  • Station 5 – Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix
  • Station 6 – Sainte Véronique essuie la face de Jésus
  • Station 7 - Jésus tombe pour la 2ème fois
  • Station 8 - Jésus rencontre les femmes d’Israël qui pleurent
  • Station 9 - Jésus tombe pour la 3ème fois
  • Station 10 – Jésus est dépouillé de ses vêtements
  • Station 11 – Jésus est crucifié
  • Station 12 – Jésus meurt sur la croix
  • Station 13 – Jésus est descendu de la croix
  • Station 14 – Jésus est mis au tombeau
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Les stations du Chemin de Croix de Guillonnet pour la collégiale St Etienne de Jargeau

Notes:

  • (1) Les villes johanniques répondent au moins à deux de ces trois critères : 1 - Un événement lié à Jeanne d’Arc doit s’être déroulé dans cette commune ; 2 - La commune doit continuer à commémorer cet événement ; 3 - La commune doit posséder des vestiges johanniques.
  • (2)   Lionel Royer est notamment l'auteur des grandes scènes de la Vie de Jeanne d’Arc à la basilique du Bois-Chenu à Domrémy.
  • (3)   Jeanne d'Arc de Funck-Brentano et ODV Guillonnet. Paris Ancienne librairie Furne. C.Boivin & Cie Editeurs – 1912 - (Imprimerie Draeger Frères).‎
  • (4)    Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, Paris, Klincksieck.
  • (5)    Texte choisi par l’abbé Christian Legrain pour aider à prier sous la sixième station et issu des Lettres de Mireille Dupouey, membre du tiers ordre des Dominicaines (de 1928 à sa mort en 1932).
  • (6)   Le Chemin de Croix de Jargeau – Tableaux d’O. D. V. Guillonnet – Edité à compte d’auteur par l’Imprimerie Jeanne d’Arc à Gien (pour la vente, s’adresser à Monsieur le Curé Doyen de Jargeau). Cette brochure reçue l’Imprimatur du Vicaire général du diocèse pour les citations mises en exergue aux différentes stations.