Casa Amarilla (Venezuela)

La décoration de la Casa Amarilla, siège du ministère des Relations Extérieures du Venezuela est la plus importante de celles confiées au XXe siècle à un artiste unique : 600m2 environ de décors.

Rappelons les circonstances de cette commande. Simon Bolivar, né à Caracas (Venezuela) le 24 juillet 1783 et mort en Colombie le 17 décembre 1830, est le symbole du Libérateur pour une grande partie des peuples d’Amérique latine.

Le Venezuela, pays de sa naissance de Bolivar, se devait de fêter dignement le centenaire de sa mort. Il semble que ce soit José Ignacio Cardenas, ministre vénézuélien des Travaux Publics entre 1927 et 1929, ancien ambassadeur en Europe (France et Pays-Bas), qui suggéra à Juan Vincente Gomez, Président du Venezuela (1) le projet titanesque de confier à un artiste international la décoration complète du patio de la Casa Amarilla (2)  à Caracas, siège de son ministère des Relations Extérieures. Par cette décoration le pays voulait exprimer au monde son message de paix où tous les peuples de l’ancien et du nouveau monde se tiendraient la main.

Vue extèrieure actuelle de la Casa Amarilla

Informé de ce projet, c’est Laureano Vallenilla-Lanz, ambassadeur du Venezuela en France avec rang de ministre plénipotentiaire, qui suggéra à Pedro Itriago Chacin, son ministre de tutelle (3), le nom de Guillonnet pour la réalisation globale de cette décoration.

Laureano Vallenilla-Lanz avait fait partie de la délégation officielle lors de la visite du Président de la République française, Gaston Doumergue, à l’Exposition internationale des Arts décoratifs à Paris le 28 avril 1925. Il avait parcouru ainsi la Cour des Métiers bâtie en forme de patio dont les dimensions rappelaient celles du patio de la Casa Amarilla à Caracas. Il avait surtout apprécié l’art confirmé de Guillonnet pour le décor de cette Cour des Métiers.

Le patio de la Casa Amarilla (L’Illustration n° 4569 du 27 septembre 1930)

D’autres artistes furent-ils approchés pour la réalisation de ce projet ? De même, quelles furent les spécifications données à Guillonnet pour nourrir son imagination ?

La ville de Carros possède une étude intéressante de Guillonnet qui témoigne de sa recherche tâtonnante pour cette décoration.

Etude pour la décoration de la Casa Amarilla (CIAC de Carros)

Etudes primitives pour la Grèce, l’Italie et la France (détails)

Il semble qu’une très grande liberté lui fut accordée pour choisir la manière de représenter chaque pays. Seul l’objectif était clairement défini : faire la promotion de la politique étrangère du Président Gomez qui se voulait une adhésion pleine et entière à « la fraternité universelle des peuples ». Sans tomber dans les stéréotypes chaque représentation d’une nation devait se montrer caractéristique de « ses paysages, de la vie quotidienne de sa population et/ou de sa vie économique ».

Il s’agissait de décorer le double péristyle intérieur de la Casa Amarilla et d’imaginer sur ses murs les caractéristiques de quarante-six nations de l’ancien et du nouveau Monde, le premier étage devant être réservé aux peuples de l’ancien Continent, tandis que le rez-de-chaussée recevrait les panneaux consacrés aux deux Amériques, toutes ces nations réunies dans une même pensée d’union et de paix. L’ensemble comportera ainsi 46 panneaux et 36 dessus de portes.

Faire une telle œuvre à distance, sans se rendre sur place, était une gageure. Il fallut tout mesurer et coter pour que les toiles réalisées correspondent avec la plus grande précision à l’emplacement pour lequel elles étaient destinées. Il fallait tenir compte de tous les détails des murs comme l’emplacement et le volume du soubassement des voussures existantes dans le patio. Voici un exemple d’une toile peinte avec voussure et sa photo après mise en place : l’Autriche.

L’Autriche (lithographie d’époque – CIAC de Carros)

L’autiche une fois marouflée (photo d’époque)

Il fallut cinq ans à Guillonnet (1929-1934) pour réaliser sa décoration monumentale représentant au total plus de 600 m2 de surface peinte. La mort de son épouse en 1931, qui savait le décharger de tous les soucis de logistique, a assurément ralenti la réalisation de cette commande. Il se fit aider pour préparer ses fonds de toile par Marie-Claire Lemasson qui deviendra sa seconde épouse en 1951.

Toile de la signature de l’artiste à la Casa Amarilla (photo prise en 1974 après dégradation)

Ce délai était incompatible avec la commémoration de la mort de Bolivar prévue pour le 27 décembre 1930. Il fallait pouvoir donner au monde entier une vision de cet hommage avant cette date fatidique. Il fut donc décidé de scinder en deux cette présentation au public.

Le gouvernement vénézuélien communiqua sur le fait qu’il avait organisé lui-même la première exposition sur les décors de la Casa Amarilla se vantant d’avoir obtenu pour la première fois de l’histoire de France qu’un Président de la République française inaugura une exposition privée. Il convient de rectifier cet élément de propagande.

C’est le gouvernement français, via son ministère des Beaux-arts, qui estima nécessaire de présenter au public français les œuvres de Guillonnet avant qu’elles partent pour Caracas en organisant une grande exposition à l’Orangerie du 1er au 8 octobre 1930, répondant peut-être aussi à une demande du gouvernement vénézuélien. Cette exposition fut en effet inaugurée par le Président de la République, Gaston Doumergue. Vingt et une toiles, de près de trois mètres sur deux, furent donc exposées, correspondant à la décoration du premier étage de la Casa Amarilla. Elles occupèrent trois salles. Dans la première : Grande-Bretagne, Pays-Bas, Yougoslavie et Roumanie. Dans la seconde : Pologne, Russie, Belgique, Italie, Danemark, Tchécoslovaquie, Japon, Grèce, France, Allemagne, Suisse, Chine. Enfin dans la troisième : Suède, Norvège, Turquie, Autriche et Bulgarie (4).

Exposition Guillonnet à l’Orangerie (photos d’époque)

Exposition Guillonnet à l’Orangerie (photos d’époque)

Léon Bérard, ancien Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, dans la préface du catalogue de l’Exposition écrivit : « Réjouissons-nous qu’une jeune République américaine ait confié à un pur artiste et à un grand artiste de chez nous le soin de traduire l’hommage qu’elle a voulu rendre aux nations de l’Ancien Monde. Il ne pouvait être d’ambassade plus heureuse et plus propice à l’art français, entendu par ses côtés les plus nobles, par tout ce qu’il y a en lui de grâce poétique, d’équilibre, d’harmonieuse santé. »

« … A la vérité, les panneaux décoratifs qui vont orner le palais de Caracas viennent se ranger harmonieusement dans l’une des œuvres picturales les plus riches et les plus diverses dont se soit enrichi depuis une trentaine d’années l’art français. Ils sont bien de la même lignée de la même veine que tant de toiles du même artiste qui triomphent dans nos musées ou décorent nos édifices publics. »

« … De belles fleurs, de belles chairs, de belles étoffes, des ciels sans orages, des corps irréprochables : c’est ce que se plait à peindre Guillonnet. Ses prédilections sont celles d’un peintre lyrique qui a trop vivement senti les splendeurs de la création pour se lasser d’en raconter les merveilles. »

Et il poursuivait en parlant de Guillonnet : « Il est de ceux qui auront pu méditer, sans se sentir pris de doute ou de découragement, la maxime de Delacroix disant que celui-là doit renoncer à peindre qui n’est pas capable de dessiner un homme tombant du deuxième étage. Ce goût sévère du métier, ces recherches obstinées et patientes, il convient d’y songer quand on admire la diversité de ses dons et de ses réussites, et celles de ses toiles les plus connues. »

En 1930 Guillonnet bénéficia ainsi d’articles de fond dans toute la presse internationale (pour exemples, Le Soir Illustré en Belgique, Het Verderland, De Neuve Courant (10-07-1930), De Groene Amsterdammer (25-10-1930) et la Gazette de Hollande au Pays-Bas, Svenska Dagblated (17-10-1930) en Suède, Listin Diaro à Saint-Domingue,  ...). Le réseau des ambassades du Venezuela semble s’être fortement mobilisé pour obtenir une telle couverture publicitaire.

Le Soir Illustré (Belgique)


De Groene Amsterdammer
(Pays-Bas)

Il faudrait être polyglotte pour pouvoir en rendre compte. Au niveau hexagonal, il convient de citer : L’Illustration, La Nouvelle Revue, La Croix…

Dans l’Illustration n° 4569 du 27 septembre 1930 nous lisons sous les initiales J.B. : « Une preuve nouvelle nous est apportée du rayonnement de l’art français à l'étranger. C’est à l'un de nos artistes que le Venezuela a confié la décoration picturale de son palais des Affaires étrangères, la « Casa Amarilla ». L'hommage est d'autant plus précieux pour notre pays qu'il est important, entier, sans restriction, et nul ne peut en méconnaitre la portée … Sur le thème choisi, cet artiste, l’un des seuls capables aujourd'hui de concevoir et de traiter un si large ensemble, apporte à la jeune République américaine une sorte de synthèse de chacun des vieux pays d'Europe et d'Asie … Les vingt-trois toiles dans lesquelles se développent les aspects du vieux continent sont conçues dans une même gamme lumineuse où s'accordent les effets et ouvrent des horizons clairs lointains sous un grand ciel qui, au lieu de boucher la vue, troue les murs, recule l'espace  ... Il est heureux que des pays neufs reviennent à cette large conception des vastes ensembles décoratifs confiés à un seul artiste, en reprenant l'exemple de la Renaissance italienne et de notre grand dix-septième siècle et félicitons-nous que ce soit un artiste français, et de la valeur de M. Guillonnet, qui ait été choisi pour renouer cette grande tradition. »

 

  • Chine
  • Haut de porte Chine-Suisse
  • Suisse
  • Haut de porte Suisse-Allemagne
  • Allemagne
  • Haut de porte Allemagne-France
  • France
  • Haut de porte France-Grèce
  • Grèce
  • Haut de porte Grece-Japon
  • Japon
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Pan de mur de l’Ancien Monde (1er étage)

Dans la Nouvelle Revue (nov-déc 1930) sous la signature d’Eugène Soubeyre : « … On se souvient des grandes fresques qui illustrèrent la Cour des Métiers, lors de l'exposition des Arts décoratifs de 1925, et pour lesquelles Guillonnet fit preuve d'une prestigieuse originalité. Le travail entrepris pour le Gouvernement vénézuélien ne présentait pas moins de difficultés … En pénétrant dans les deux grandes salles où sont exposées les vingt-et-une toiles terminées, il est impossible de n'être pas frappé dès l'abord par l'harmonieux concert de leurs couleurs chantantes. A cette joie de l'œil s'ajoute le plaisir de saisir aisément les intentions de l'artiste. Il s'exprime clairement et simplement … A qui n'aurait pas vu ces larges toiles (que nous appelons ici très improprement « fresques » pour en donner une idée approximative) on pourrait indiquer, pour parenté de composition, les travaux de Puvis de Chavannes, La Concordia par exemple, du Musée d’Amiens, ou quelques pages de la Vie de Sainte-Geneviève. Comme celles de Puvis, les compositions de Guillonnet doivent avoir été méditées, étudiées longuement pour que la pensée qui y est incluse devienne, sous la forme plastique, rationnellement compréhensible. La juste répartition des groupes, la netteté, sans excessive minutie, des figures et des lieux, la sobre beauté des paysages donnent aux ensembles un incontestable attrait ... La difficulté que présentait une telle décoration était de soumettre à la nécessité de l'unité chromatique des représentations aussi disparates que peuvent l'être des évocations sans parenté entre elles comme celles du pays flamand et de la Corne d’Or. L'artiste a su les harmoniser par la vertu de beaux ciels aux tons infiniment variés dans les gammes bleues, mêlées aux délicatesses du lilas, du rose, des verts-légers, - par la grisaille de jade des pilastres peints qui encadrent toutes ses compositions et les banderoles aux couleurs nationales qui se déploient à leurs frontons et enlacent comme des lianes les écussons héraldiques entrent aussi dans le concert pictural et s'y incorporent avec justesse, discrètement. Il est évident que l'exécution d'aussi vastes peintures ne permettait pas la recherche du détail telle qu'on peut la concevoir pour un tableau de chevalet. Des simplifications s'imposaient dans le menu des visages, des accessoires, des sujets de second et même de premier plan. Mais, par conscience artistique et pour montrer ce que peuvent être les patientes recherches d'une apparente improvisation, Guillonnet a disposé, entre les panneaux terminés, ses travaux préparatoires, études préalables très poussées, en nu, de ses personnages ... Et cela n'était pas inutile, ne serait-ce qu'en honnête réaction contre le laisser-aller trop répandu de nos jours dans les ateliers. Nous ignorons les intentions de Guillonnet en ce qui regarde la seconde partie de cet ouvrage considérable qui situe un artiste dans son époque et le classe parmi les maîtres. Il n'est pas permis de croire qu'elle puisse être inférieure à la première, il est possible qu'elle la dépasse. »

Dessins préparatoires à la fresque Les Pays-Bas, présentées à l’exposition de l’Orangerie (5)


Les Pays Bas
(lithographie – CIAC de Carros)

Dans La Croix du 14 octobre 1930 sous la signature de Charnage : « … Sur ce thème immense, la beauté de l’Europe, ses grands ciels, ses horizons clairs, ses fleuves et ses vallées, ses costumes pittoresques, le peintre s’est laissé aller à tout son lyrisme et nous a donné une vision heureuse du monde. Ses panneaux ont un aspect riant, un air de fête et de joie : cela change de la laideur et de la pauvreté voulue d’une certaine école. C’est le plus important ensemble de peinture décorative qui ait été produit par l’école française depuis longtemps. Nous ne saurions mieux finir qu’en répétant avec M. Léon Bérard : « Réjouissons-nous … »

  • Portugal
  • Haut de porte Portugal-Pays Bas
  • Pays-Bas
  • Haut de porte Pays Bas-Turquie
  • Turquie
  • Haut de porte Turquie-Roumanie
  • Roumanie
  • Haut de porte Roumanie-Hongrie
  • Hongrie
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Autre pan de mur de l’Ancien Monde (1er étage)

 

Dans La Semaine à Paris du 10 octobre 1930, sous la signature de Charles Fegdat : « C’est le résultat d’un travail considérable, travail de documentation, de composition, de dessin et de peinture que représentent ces vingt-trois grands panneaux décoratifs … Il a su créer les « climats » divers, climats atmosphériques et climat social. Les attitudes et les gestes des personnages, les objets et les paysages, prouvent par leur choix judicieux, combien O.D.V. Guillonnet est un artiste à la fois plein d’observation, consciencieux et sobre devant les détails. Il ne s’est pas attaché à dépeindre, après tant d’autres, des coins trop connus, des attitudes trop classiques, des costumes trop « pittoresques » ; il a trouvé, au contraire, des accents neufs pour des « points de vue » personnels. Son ouvrage s’en trouve dans l’ensemble haussé. Le dessin de Guillonnet ne se satisfait que dans la pureté objectives des contours, puissants indicateurs des formes. Il ne saurait déformer ; la précision de nature l’enchante et c’est pour acquérir cette justesse qu’il a exécuté de multiples études jusqu’au moment où, élargissant l’analyse, il a retenu ce qu’il considère comme « son » essentiel. Cet essentiel-là n’est pas issu d’un froid académisme, il se rattache à cette tradition qui a pour base la vérité interne et la vérité d’aspect. Par ailleurs, O.D.V. Guillonnet transpose : il organise ses tons, il les rythme et les module en des harmonies picturales non directes … Dans des gammes claires il diversifie à l’infini ses tonalités jusqu’à apparaître subtil sans être précieux, libre et simple sans apprêts … »

En dépit de la diversité des sujets, c’est donc l’homogénéité et l’unité des coloris, l’harmonieux concert de couleurs chantantes qui frappe l’œil des commentateurs. Pour chacune des nations, Guillonnet a choisi le trait qui lui est propre, le signe représentatif de son caractère.

 

  • Pologne
  • Haut de porte Pologne-Russie
  • Russie
  • Haut de porte Russie-Belgique
  • Belgique
  • Haut de porte Belgique-Italie
  • Italie
  • Haut de porte Italie-Danemark
  • Danemark
  • Haut de porte Danemark-Tchécoslovaquie
  • Tchécoslovaquie
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Autre pan de mur de l’Ancien Monde (1er étage)

 

Ainsi, la chine c’est la porte d’accès à la Cité Interdite sous contrôle ; La Suisse avec ses animaux à traire devant une ferme alpestre et ses horizons de montagnes bleues ; L’Allemagne avec Heidelberg et ses étudiants en liesse traînant la rapière et levant la chope en chantant le Rhin allemand tandis qu’un zeppelin argenté passe dans le ciel ; Pour la France, c’est la Place de la Concorde, l’harmonieuse perspective des palais Gabriel et l’enfilade des Champs-Elysées vus de la Terrasse des Feuillants aux Tuileries avec son frémissement de passants dans une atmosphère légère et printanière ; Pour la Grèce, ce sont des bergers qui passent avec leurs troupeaux dans un décor brûlé de soleil que dominent les colonnes du Parthénon et la ligne violette des collines de l’Attique ; Le Japon c’est une promenade au jardin avec son habitat traditionnel au pied d’un volcan ; L’Autriche avec ses montagnes, des danses et des chapeaux tyroliens ;  La Grande-Bretagne, c’est sous un ciel d’été et devant une foule multicolore de spectateurs passionnés de sport que les équipes nautiques des Universités de Cambridge et d’Oxford rivalisent d’ardeur sur leurs fines yoles à huit rameurs, tandis qu’au loin Oxford se profile ; La Yougoslavie avec un marché où des paysannes en foulards bariolés amènent des porcs gras et roses ; La Norvège avec ses fjords et des drakkars à voiles rouges ; La Suède avec ses moyens de déplacement,  traîneaux et skis ; La Bulgarie avec sa paysanne en costume traditionnel portant à l’épaule sa récolte de fleurs coupées ; La Pologne avec ses scieurs de bois ; Pour la Russie, c’est Moscou en décembre avec sa ceinture de neige, la turquoise et l’or de ses coupoles, la glace azurée que des moujiks taillent en bloc géométriques sur la Moskova ; La Belgique avec une vue plein de charme poétique de Bruges à l’automne : le vieux pont, la tour de Notre-Dame, les maisons rouges du Béguinage, le canal où voguent les cygnes, les béguines paisibles y forment un ensemble harmonieux et caractéristique ; L’Italie avec Venise un jour de régates sur le Grand Canal, la Salute et les gondoles ; Le Danemark offre les splendeurs blondes de la moisson en été ; La Tchécoslovaquie est représentée avec ses étudiants ; La Hongrie, c’est l’élevage de chevaux dans une grande steppe totalement ouverte ; La Roumanie, c’est la tonte des moutons dans de riches pâturages ; La Turquie avec Istanbul et le  Bosphore vus du cimetière turc d’Eyoub où errent des veuves voilées de noir ; Les Pays-Bas avec femmes et enfants le long d’un canal à Volendam où des haleurs amarrent un ponton, d’une berge bordée de moulins à vent, une péniche à lourde panse ; Enfin le Portugal c’est le retour de mer et le débarquement des produits de la pèche avec au loin Lisbonne.

 

  • Norvege
  • Haut de porte Norvège-Yougoslavie
  • Yougoslavie
  • Haut de porte Yougoslavie-Grande Bretagn
  • Grande Bretagne
  • Haut de porte Grande Bretagne-Autriche
  • Autriche
  • Bulgarie
  • Haut de porte Bulgarie-Suède
  • Suède
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Dernier pan de mur de l’Ancien Monde (1er étage)

 

Grâce à un document détenu par Madame Fanny Hills, fille de la grande poétesse carrossoise Noune Judlin et grande amie de Guillonnet, nous avons les dimensions exactes des toiles exécutées par pays :

Pays

Largeur en cm

Hauteur en cm

Pays

Largeur en cm

Hauteur en cm

Hollande

360

270

Japon

80

270

Yougoslavie

290

270

Grèce

330

270

Bulgarie

55

270

France

410

270

Russie

313

270

Allemagne

414

270

Autriche

207

270

Suisse

288

270

Turquie

293

270

Chine

???

270

Italie

463

270

Tchécoslovaquie

70

270

Portugal

208

270

Pologne

77

270

Roumanie

300

270

Suède

170

270

Belgique

420

270

Norvège

170

270

Hongrie

112

270

Angleterre

363

270

 

L’exposition de l’Orangerie ne suffisait pas au prestige du Venezuela. José Ignacio Cardenas, a l’initiative de ce projet, avait quitté son poste gouvernemental pour reprendre la charge d’ambassadeur avec rang de ministre plénipotentiaire pour les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Norvège et la Finlande. Devant s’occuper de l’expédition des toiles vers Caracas à partir du port de Rotterdam, il en profita pour faire éditer les lithographies correspondantes à cette première livraison. Elles furent imprimées à Leyde (en Hollande) par un imprimeur ou une maison d’édition spécialisée non identifiée.  Guillonnet a fait le voyage à Leyde pour superviser le tirage et le respect de sa palette de couleurs. C’est ce premier lot de lithographies que possède le CIAC de Carros.

Dans certaines reproductions on découvre plusieurs pays représentés sur la même planche. Elles correspondent à l’état exact de l’expédition effectuée. En effet, les toiles devaient être roulées sur cylindre pour leur bonne conservation lors du transport. Les différents pays représentés étaient de largeur variable en fonction de leurs pans de mur de destination. Pour une uniformisation du format des toiles expédiées, Guillonnet a peint sur une même toile la représentation de plusieurs pays, la découpe entre pays devant s’effectuer sur place, à Caracas.


Pologne-Japon-Tchécoslovaquie-Chine (lithographie – CIAC Carros)

Signalons que la toile représentant le Venezuela, réalisée entre ces deux expositions, partit dès sa réalisation à Caracas et ne put donc être présentée lors de cette deuxième exposition. Un comble !

Le Venezuela (photographie d’époque)

Il y représente des gauchos dirigeant leur troupeau de bovins le long du lac Maracaibo avec à l’horizon la cordillère des Andes et le Pic Bolivar.

Par un document détenu encore par Madame Hills on sait que les toiles présentées à l’Orangerie sont bien arrivées à Caracas pour le centenaire de la mort de Bolivar. Dans un courrier adressé à Guillonnet le 10 janvier 1931, Madame H. G. Potel (épouse de l’architecte français André Potel) lui écrit : se référant à son précédent courrier demeuré sans réponse, elle lui en rappelait son contenu : « … de l’enthousiasme du ministre F. en voyant de telles merveilles, - de l’actuelle exposition dans le plus beau salon de la Casa Amarilla. Je vous donnais aussi un résumé des nombreux articles élogieux du célèbre artiste français, Mr Guillonnet, dans tous les journaux d’ici. D’autre part la brochure du Pavillon de l’Orangerie, dans lequel Mr Léon Bérard parle du Général Gomez, je l’avais remis à Rosa Amélia Gomez afin qu’elle le fasse traduire à son Papa – et qui a été très touché, et intéressé des termes du discours. »

Quelles sont les toiles qui ont été présentées à la Casa Amarilla pour le centenaire, la totalité étant impossible ? On peut penser que ces toiles ont été mises sur châssis le temps de l’exposition.

A la fin de cette exposition, le travail de marouflage des toiles pu commencer et c’est ce même André Potel qui supervisa les travaux. Il n’eut en charge que le marouflage des toiles de l’ancien monde. La série suivante fut confiée à Andrew Simon Herrera.

Pour avoir une idée du résultat obtenu après le marouflage des toiles nous avons reconstitué par souci pédagogique un pan de mur :

De son coté, Guillonnet travaillait à représenter les nations des deux Amériques. Rappelons que Guillonnet entame cette dernière série décorative sur le nouveau monde, alors qu’il vient de subir la perte cruelle de son épouse, celle qui fut non seulement sa compagne, mais son inspiratrice et le réconfort de sa vie. Il va trouver dans l’évocation de sa chère disparue, le sentiment de son devoir vis-à-vis de son art, la nécessité de travailler pour ne pas désespérer et une fièvre nouvelle pour son inspiration.

Lorsque ces toiles furent achevées et encore à l’occasion de leur expédition pour Caracas, le gouvernement français organisa une nouvelle exposition, cette fois-ci à l’Ecole nationale des Beaux-Arts, pour présenter la fin de cet ensemble décoratif du 6 au 19 décembre 1932 (6).

C’est Etienne Clémentel, grand humaniste autant qu’il fut un grand politique, mais surtout un grand ami de Guillonnet depuis leur rencontre sur les bancs de l’Ecole nationale des Beaux-arts, qui introduit cette exposition : « Jamais on peut le dire son imagination n’a créée plus de scènes pittoresques, de gestes et d’attitudes d’expression et de sentiment, jamais son crayon n’a été plus vigoureux et plus précis ni sa coloration plus harmonieuse et plus riche ; le souvenir de l’inspiratrice, invisible et présente, reste ainsi associée à cette seconde phase de sa vie. »

Pour cette deuxième exposition, la presse fut moins volubile, mais tout n’avait-il pas été écrit lors de la première exposition ?


  • Pérou (étude)
  • Haut de porte Pérou-Equateur
  • Equateur (étude)
  • Haut de porte Equateur-Honduras
  • Honduras
  • Haut de porte Honduras-Mexique
  • Mexique
  • Haut de porte Mexique-Canada
  • Canada
  • Haut de porte Canada-Brésil
  • Brésil (étude)
  • Haut de porte Brésil-Costa Rica
  • Costa Rica
  • Haut de porte Costa Rica-Chili
  • Chili
  • Haut de porte Chili-Colombie
  • Colombie
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Pan de mur du Nouveau Monde (Rez-de-chaussée)

Citons pour exemple La Nouvelle Revue de janvier 1933, sous la signature d’Eugène Soubeyre : « … Xavier de Maistre offrait à ses contemporains un Voyage autour de sa chambre : c’est bien autre chose, c’est un Voyage autour du monde que nous propose le Maître Guillonnet … Il serait présomptueux de vouloir rendre par des mots les formes et les couleurs qu’un grand peintre peut concevoir dans son esprit et animer de la diversité multicolore d’une palette avare de tons bruns, de bistres, et qui repousse avec horreur les insinuantes tentations du bitume. La palette de M. Guillonnet ne connaît le plus souvent que l’éclat des fleurs, des amples verdures, le lustre des eaux, avec leur flamboiement dans la lumière pure, la richesse colorée que le soleil communique aux pays même où l’hiver n’est pas une expression vaine … Dans la note néo-impressionniste qui lui est propre, M. Guillonnet a fait un noble usage de toutes ces richesses naturelles. C’est en coloriste pur qu’il a conçu les expressions diverses à donner à ce vaste ensemble. Ici, rien d’anecdotique, rien de ces à-propos littéraires qui mènent souvent à la banalité. C’est la Nature qui lui a fourni son principal sujet, ce qui dure plutôt que ce qui est humainement passager. Et l’émotion qu’on peut ressentir à regarder toutes ces belles toiles n’a pas d’autre secret. Qu’il serait heureux de les voir à demeure dans une galerie comme celle qui conserve les Nymphéas de Monet. Elles vont partir pour un lointain pays, nous laissant un inoubliable souvenir, mais aussi des regrets. »

Les toiles qui ont été réalisées pour représenter les deux Amériques sont :

 

  • Cuba
  • Haut de porte Cuba-Panama
  • Panama
  • Haut de porte Panama-Nicaragua
  • Nicaragua
  • Haut de porte Nicaragua-Etats Unis
  • Etats-Unis
  • Haut de porte Etats Unis-Paraguay
  • Paraguay (étude)
  • Haut de porte Paraguay-Bolivie
  • Bolivie
  • Haut de porte Bolivie-Guatemala
  • Guatemala (étude)
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Autre pan de mur du Nouveau Monde (Rez-de-chaussée)

 

Le Pérou où des peones indigènes conduisent un troupeau de guanacos ; L’Equateur avec une procession sur fond de montagnes et de village perché ; Le Honduras où des bucherons dirigent de manière énergique des rondins de bois sur les eaux tumultueuses d’une rivière sinuant dans les montagnes ; Le Mexique où un marché bat son plein ; Le Canada avec sa forêt où des bucherons vigoureux pratiquent de larges coupes ;  Le Brésil où d’élégantes jeunes femmes étendues sur des rocking-chairs contemplent le spectacle radieux de la baie de Rio de Janeiro ; Le Costa-Rica, où des mulâtresses portent sur leur tête des corbeilles de fruits ; Le Chili avec un retour de récolte devant une sculpture inca ; la Colombie où des rudes porteurs plient sous les balles de café ; Cuba ou les équipes de travailleurs noirs font la récolte des cannes à sucre ; Le Panama où des groupes de jeunes femmes esquissent dans la nuit tropicale des danses du plus joli rythme. Le Nicaragua avec une récolte de fruits dans une nature luxuriante ; Les Etats-Unis, avec le panorama de New-York, entrevu du pont d’un transatlantique à travers un voile transparent de fumées et de brouillard ; Le Paraguay  avec ses inextricables forêts ; la Bolivie où des bateaux de pêche évoluent sur un lac enfermé dans le cratère d’un volcan ; Le Guatemala avec la conduite d’un troupeau de moutons au milieu des cactus d’une chaine de montagne aride ; Le San Salvador avec une scène de récolte de palmes ; L’Uruguay avec ses pâturages  où s’ébattent des chevaux indomptés ; L’Argentine avec ses gauchos au repos, le soir, attendant que le feu de camp rôtisse leur diner alors que leur troupeau de chevaux sont en liberté dans la pampa ; Et enfin Haïti avec une scène de pêche et la République Dominicaine avec une scène de récolte de canne à sucre.

 

  • San Salvador
  • Haut de porte San Salvador-Uruguay
  • Uruguay (étude)
  • Haut de porte Uruguay-Argentine
  • Argentine (étude)
  • Colombie (étude)
  • République Dominicaine (étude)
  • Venezuela (étude)
  • Haiti (étude)
  • Tolède (étude)
  • Séville (étude)
  • Grenade (étude)
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Dernier pan de mur du Nouveau Monde (Rez-de-chaussée)

Deux salles ont été consacrées à cette exposition. Au rez-de-chaussée avec six pays : Canada, Brésil, Costa Rica, Nicaragua, Chili et Colombie. Dans la salle Foch avec treize pays : Cuba, Panama, Etats-Unis, Paraguay, Bolivie, Guatemala, San Salvador, Uruguay, Argentine, Pérou, Equateur, Honduras et Mexique.
Sans apporter l’explication il faut souligner que les dessus de porte qui comportent des allégories pour annoncer les pays situés de chaque côté de la porte qu’ils surmontent sont des allégories  féminines pour l’ancien monde alors qu’elles sont de type masculine pour les deux Amériques (exceptées pour les pays d’Amérique centrale – Mexique, Guatemala, Costa-Rica, Panama, Nicaragua - représentés par des couples). Ce choix correspond-il à un message imposé à Guillonnet ? Et quel message, alors !

Dessus de porte pour l’ancien monde (ici Allemagne et France)

Dessus de porte pour les deux Amériques (Equateur et Honduras)

 Dessus de porte pour l’Amérique centrale (ici le Costa Rica)

D’autres commandes spécifiques suivirent comme par exemple trois toiles pour valoriser l’Espagne consacrées à Grenade, Séville et Tolède.

Grenade-Séville-Tolède (photographie d’époque)

Certaines études de Guillonnet qui ont été mises sur le marché des enchères permettent de se faire une idée colorisée de ces tableaux :

Séville – Jardin de l’Alcazar

Séville – Jardin de l’Alcazar
(collections particulières)

Tolède

 

Enfin, les murs devant être totalement recouverts, Guillonnet eu à exécuter un nombre non identifié de petits panneaux pour différents recoins dont les thèmes sont ainsi expliqués : « animaux, oiseaux, boucliers et arabesques pour la plupart exécutés avec un fond bleu et vert. »

Le marouflage des toiles de cette deuxième série se fit sous l’autorité d’Andrew Simon Herrera. Malgré la précision des relevés des cotes réalisées, une erreur s’est glissée dans leurs retranscriptions. Une des toiles n’était pas au format de son mur de destination, sans doute le Guatemala.  L’erreur était administrative et n’incombait pas à Guillonnet. Il fallut donc avoir recours à un artiste local, le peintre Carlos Otero Vizcarrondo qui avait été l’élève en France de Fernand Cormon, pour combler les espaces vides latéraux du mur en respectant la facture du style et la palette de Guillonnet. Son travail fut mal apprécié, trop pâteux dira-t-on. Le malheureux se vit retenir la somme de 6000 bolivars sur le montant de sa prestation.

 

  • Vue de la cour intérieure
  • Rez-de-chaussée
  • Rez-de-chaussée avec l’escalier au fond du couloir
  • Escalier de l’Espagne avec Tolède à gauche, Séville en face et Grenade à droite
  • 1er étage avec la Belgique et l’Italie et l’escalier au fond du couloir
  • 1er étage avec la France
  • Escalier principal avec à gauche la République Dominicaine, en face le Venezuela et à droite Haïti
  • Retour au rez de chaussée
  • Vue élargie du patio
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

Reportage photographique d’époque après marouflage des toiles

 

En 1936 lorsque Pedro Itriago Chacín, ministre des Affaires étrangères, doit céder sa place à son successeur Esteban Gil Borges, ce dernier n’apprécie guère de prendre ses fonctions dans un « musée ».

Il constitue une commission d’artistes composée de Carlos OteroVizcarrando,  de Titos Salas, de Luis Alfredo Lopez Mendez et de Antonio Edmundo Monsanto  pour savoir quoi faire de tous ces décors. Le jugement de cette commission sera sans ambiguïté. Prenant pour exemples le Vatican et le Palais Farnèse où les décors n’ont rien enlevé à la fonctionnalité des lieux ; Constatant que la présence des Vénus au Vatican qui avaient pu gêner certains papes ne furent pas bannie des sculptures de ces lieux: les décors de Guillonnet doivent rester en place.

Mais les toiles de Guillonnet ont été installées dans un environnement hostile. Dès les premiers mois du marouflage des toiles il fallut installer des stores dans les voutes pour intercepter les rayons directs du soleil. Mais que faire contre l’humidité du climat ? De plus, les toiles étaient placées dans des couloirs, lieu de passage incessant. Et, comme si cette hostilité n’était pas suffisante, un matin de 1956, des insurgés envahirent la Casa Amarilla et lacérèrent tous les décors. Ils s’en prirent plus particulièrement aux toiles représentant l’Allemagne et la Russie, symbole pour eux des totalitarismes modernes. La sauvagerie avait fini par anéantir le plus important projet décoratif confié au XX° siècle à un seul artiste … et cinq ans de travail de celui-ci.

En 1978 le gouvernement vénézuélien décida la sauvegarde des fragments des toiles de Guillonnet.  Rafael Pineda (pseudonyme de Rafael Angel Diaz Sosa), directeur du Patrimoine artistique au Ministère des Relations extérieures, décompta 223 fragments représentant un « certain charme archéologique » (7).

Pour  exemple, la toile concernant « La France » dont la taille d’origine était de 410*270cm se retrouve conservée en quatre fragments (90*52cm, 40*97cm, 103*133cm et 67*73cm).

Exemple d’un des fragments sauvegardés de « La France »

Seuls trois tableaux semblent être conservés dans leur intégralité : Cuba, Guatemala et Grenade (sans que l’état soit spécifié).

Aujourd’hui, le patio de la Casa Amarilla a été totalement rénové et il ne reste plus de trace de Guillonnet.

Le patio de la Casa Amarilla dans son état actuel

A ce jour, où sont conservés les éléments sauvegardés ?


Le CIAC de Carros, malgré la modestie de son fond relatif à la Casa Amarilla, détient le témoignage le plus important, qu’il puisse exister en France, de cette grande œuvre.

La presse française signala deux commandes supplémentaires pour deux tableaux représentant la France : Le parc du château de Versailles et la Côte d’Azur. Si nous possédons des photos d’époque de ces deux tableaux, ils n’ont pas été répertoriés lors des opérations de sauvegarde des toiles de Guillonnet. Il semble plus probable que ces toiles aient été des commandes particulières d’un édile vénézuélien, peut-être le général Colmenanes Pacheco, dont le nom est cité sans que nous soyons en mesure de le situer dans la hiérarchie gouvernementale de l’époque.

La Côte d’Azur (photographie d’époque)

Le parc du Château de Versailles (photographie d’époque)

Derrière cette décoration de la Casa Amarilla, le gouvernement vénézuélien poursuivait un deuxième objectif : Sensibiliser les jeunes artistes vénézuéliens à l’art occidental : l’art Nouveau et l’impressionnisme. Le Venezuela possédait une Académie des Beaux-arts mais l’enseignement dispensé faisait fuir ses meilleurs éléments en Europe. Ajoutons que la dictature en faisait fuir bien d’autres.

Pour apprécier la situation des artistes de cette époque il suffit d’examiner le parcours de ceux qui ont eu à donner leur avis sur la conservation des œuvres de Guillonnet.

Ainsi, Carlos OteroVizcarrando (1886-1977) avait quitté son pays en 1911 pour suivre ses cours à l’Académie des Beaux-arts de Buenos-Aires et se retrouvait dès l’année suivante reçu à l’Ecole nationale des Beaux-arts de Paris.  Rentré définitivement au Venezuela en 1925 il devient dès 1927 directeur de l’Académie des Beaux-arts. Dès lors il œuvrera  pour la création d’un véritable musée des Beaux-arts. Cette création deviendra réalité en 1938 et il en deviendra brièvement le premier directeur. Il en reprendra la direction entre 1948 et 1956.

Titos Salas (1887-1974), peintre précoce, il obtint une bourse dès 1905 pour venir étudier en France. Il s’inscrit à l’Académie Julian et a pour professeur Jean-Paul Laurens. Il retournera au Venezuela dès 1911 et deviendra à son époque l’un des principaux peintres-décorateurs de palais nationaux.

Luis Alfredo Lopez Mendez (1901-1996) quitte le Venezuela pour raison politique en 1919 et se réfugie à New York où il s’inscrit à l’Art Students Center. Il ne reviendra dans son pays qu’en 1936, après le départ du Président-Général Gomez et en 1938 il devient directeur de la Culture et des Beaux-Arts au Ministère de l'éducation et en deux occasions il dirigera le Musée des Beaux-arts de Caracas (1939/1943 puis 1946/1948). Toute sa vie il œuvrera à la promotion de la peinture vénézuélienne.

Enfin, Antonio Edmundo Monsanto (1890-1948) étudie entre 1904 et 1909 à l’Académie des Beaux-arts de Caracas. Il se révolte contre les méthodes d’enseignement qui y sont pratiquées et fonde en 1912 le « Circulo de Bellas Artes » où il devient enseignant. En 1936, après le départ du Président Gomez il prend la direction de l’Académie des Beaux-arts qu’il rebaptise Ecole des Beaux-arts et Arts appliqués. Il marquera son époque plus comme professeur des nouvelles générations que comme artiste.

Au regard de ces différents parcours, on peut considérer que le deuxième objectif fixé aux décors de la Casa Amarilla a été rempli.

Pour conclure, il convient de mettre en évidence l’importance de cette décoration confiée à un seul artiste : 600 m2 de décors réalisés en cinq ans. Celui qui revendique le professorat de Guillonnet (en 1910), le grand muraliste mexicain Diego Rivera, eut, peu de temps après lui, l’autre plus importante décoration murale du siècle : 450 m2 à réaliser au Palais National de Mexico.  Rivera mit quinze ans pour les réaliser.

Notes :

  • (1)  Juan Vincente Gomez fut Président du Venezuela à trois reprises, de 1908 à 1915, puis de 1922 à 1929 et le redeviendra de 1931 à 1935.
  • (2)  La Casa Amarilla (anciennement Palazzo della Farnesina) est un bâtiment emblématique de la ville de Caracas et du Venezuela. C’est de ses balcons que les premiers appels à l’indépendance furent ovationnés par la foule le 19 avril 1810. Elle fut pendant de nombreuses années le Palais gouvernemental (1874-1904), siège de la présidence.
  • (3)  Pedro Itriago Chacin fut ministre des Relations Extérieures du Venezuela de 1921 à 1936.
  • (4)  Catalogue de l’Exposition de l’Orangerie aux Tuileries « O.D.V. Guillonnet ».
  • (5)  Signalons que grâce à la famille Judlin, le CIAC de Carros dispose d’une multitude d’études aux décors de la Casa Amarilla. Ces études ont été faites à l’atelier du peintre de Carros et il y a encore quelques années, nombre de carrossois se souvenaient d’un aïeul ayant posé pour l’artiste. Enfin, le CIAC de Carros possède le premier lot des lithographies réalisées des œuvres de Guillonnet, ce qui a permis de mettre de la couleur dans cette étude. Le deuxième lot des lithographies réalisé n’a pas été localisé en France pour compléter l’iconographie complète et en couleur de l’ensemble de cette réalisation. Entre l’iconographie en couleur ou en noir et blanc, présentée ci-dessous, celle-ci semble néanmoins complète.
  • (6)  Catalogue de l’exposition à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts (quai Malaquais) « EODV Guillonnet ».
  • (7)  « El rescate de las pinturas de Guillonnet » - agosto-septiembre1978 –Ministerio de Relaciones Exteriores – Caracas, Venezuela