Son mariage avec Eugénie Guyon (1872-1931)

Guillonnet est issu d'une famille modeste. Il s'intègre néanmoins rapidement à la haute société. Dès l’âge de 20 ans, il participe au concours pour les vitraux de la cathédrale d'Orléans. Il place alors en avant ses racines locales avec la commune de Jargeau dans le Loiret (d’où sont originaires ses grands-parents maternels). Dès lors, il est remarqué par les élites locales et notamment par le docteur Albert Viger, député du Loiret et également natif de Jargeau, qui l'introduit auprès de ses collègues parlementaires.

À sa sortie de l'École des Beaux-Arts, Guillonnet se rémunère grâce aux illustrations que lui commandent les éditeurs mais surtout des portraits qu'il réalise et qui l'introduisent ainsi dans la grande bourgeoisie.

Avec sa première commande d'État, le monde sportif et culturel (un Félibrige bien élargit à des écrivains comme Rostand, dont il deviendra l’un des principaux illustrateurs, ou Barrès) s'ouvrent à lui.

Eugénie Guyon, future épouse de Guillonnet, est issue de cette haute bourgeoisie devenue parisienne. Elle est née le 19 septembre 1872. En 1899, elle se dit artiste peintre parce qu'elle s'adonne à la peinture à défaut d'avoir à gagner sa vie. C’est sans doute dans l’atelier de Lionel Royer qu’elle apprend la peinture et qu’elle y rencontre Guillonnet. Le père d’Eugénie Guyon est piqueur des Ponts et Chaussées (équivalent aujourd'hui d'un ingénieur, chef de chantier et contrôleur de gestion réunis) à Paris en pleine restructuration post-haussmannienne et en plein embellissement généré par les expositions universelles qui s'y succèdent. 

Portrait d’Eugénie Guyon réalisé par Guillonnet en 1898(collection particulière)

On trouve dans sa généalogie, ses oncles et tantes, les Fanty-Lescure (Emma et Émile), artistes peintres, et à un degré plus lointain Hyppolyte Piron (1825-1880), homme de lettres et spécialiste de Cuba où il est né.

Lors du mariage de Guillonnet avec Eugénie Guyon, le 4 avril 1899, si le premier prend comme témoins ses maitres, Lionel Royer et Joseph Blanc, Eugénie prend pour témoin un « propriétaire » et un « sans profession », symbole du milieu dans lequel elle évolue où l'aisance n'oblige pas à travailler.

Au moment de ce mariage Guillonnet, lui-même, n'est plus, comme nombre d'artistes, dans le besoin. Ses toiles se vendent bien. Son atelier installé an 108 rue Saint-Martin à la sortie de ses études est transféré au 41 rue Saint-André-des-Arts au début des années 1890 et en 1895 Guillonnet s'installe définitivement dans un bel immeuble dit « la villa des Platanes » dont la construction vient de s'achever au 60 boulevard de Clichy, au pied de la butte Montmartre à Paris.

Eugénie Guyon devient pour Guillonnet, tout à la fois sa secrétaire, sa comptable, son attachée en relation publique.

Eugénie servit souvent de modèle à Guillonnet pour la réalisation de ses tableaux. C’est elle qui est croquée au bras d’Edmond Rostand sur le tableau de la partie de rugby (Lycée Lakanal de Sceaux). C’est encore elle qui est au premier plan sur le tableau La Horde (musée du Vieux Château à Laval).

La partie de rugby (détail du public avec au 1er plan Edmond Rostand et Eugénie Guyon – Parloir du Lycée Lakanal à Sceaux).

 

Guillonnet et son épouse Eugénie (photos tirées de son album de famille)

 

Le vieux village de Carros avec en bas et au centre, son atelier au lieu-dit « La Forge » - collection particulière

Après son mariage, Guillonnet bénéficie de deux résidences secondaires. La première, dite d’été, à Carros au nord de Nice sur la Côte d'Azur, prêtée gracieusement et à vie par la famille Clergue-Judlin. Il y passera chaque été quatre mois pendant près de 70 ans.

A partir de 1920 une seconde maison secondaire sera acquise à Garches près de Paris, ce qui leur permettra d’échapper à la capitale en fin de semaine. Guillonnet y deviendra peintre jardinier. Il ne reste rien aujourd’hui de cette propriété dont le terrain a été démembré.

Enfin, le couple avait l’intention d’avoir sur Carros une propriété personnelle, mais la mort d’Eugénie mis fin à ce projet.

 

L’atelier de Guillonnet (les deux grandes baies vitrées) à Carros au lieu-dit La Forge

 

Eugénie Guyon meurt en 1931. Malgré un remariage tardif, à l'âge de 81 ans, en 1951, c'est auprès de sa première épouse que Guillonnet se fait enterrer dans le cimetière de Carros en 1967. Sur sa tombe on peut lire cette épitaphe : « Deux étions, N'avions qu'un cœur ».

Tombes de Guillonnet (à gauche) et de Mimi (Eugénie Guyon, à droite)

 

Précisions autour de ses signatures d’artiste :

Guillonnet n'a jamais apprécié ses prénoms. En début de carrière, il signe Octave Guillonnet. II tente aussi de signer Victor Guillonnet mais abandonne très vite cette signature pour utiliser ses seules initiales ODV Guillonnet. II se fait appeler dans l’intimité Gui (et surnommait son épouse Mimi, laquelle préférait se faire prénommer Emilienne plutôt qu'Eugénie). C’est la raison pour laquelle il signait pour ses amis (ou parfois sur les petits formats par manque de place) ODV GUI.

Le « E » que l’on trouve dans sa signature à partir de 1931 correspond à celui d'Eugénie, le prénom de sa femme. C’est après la mort de celle-ci que Guillonnet ajoute le « E » à ses prénoms en mémoire de son épouse fusionnelle. On trouve certaines toiles de Guillonnet, antérieure à 1931, signées des initiales EODV, mais le « E » y a été rajouté à l'occasion d'un retour de celles-ci dans son atelier pour restauration. II demandait alors, au propriétaire de l’œuvre l’autorisation d’y ajouter le « E » à sa signature. Certaines anciennes biographies expliquait le « E » de sa signature par le prénom d'Emile. Il n'en est rien.