Joseph Blanc

Autoportrait de Joseph Blanc

C’est avec son maître, Joseph Blanc, que Guillonnet va collaborer à la réalisation d’une commande industrielle qui demeure encore aujourd’hui comme l’un des premiers et plus beaux témoignages ethnographiques de l’histoire du travail en France au XIXe siècle : La réalisation de frises en mosaïque du Cellier Mumm à Reims.

Le cellier Mumm fut revendu aux Champagnes Jacquart. Malgré les nombreux contacts entretenus avec ces deux grands producteurs de champagne, il a été impossible d’avoir accès aux archives de cette commande, les deux sociétés se renvoyant mutuellement la responsabilité de la conservation de ces archives.

Devant une telle difficulté d’accès aux sources il faut donc se contenter de ce qui est connu.

En 1898, Joseph Blanc obtient la commande de deux énormes frises décoratives pour le Grand Palais (2 fois 4,25m*42,50m) sur le thème de l’Histoire des arts à travers les âges. C’est pour l’époque une gageure technique que devra réaliser la Manufacture de Sèvres en grès cérame.

Fort de cette commande et de cette reconnaissance technologique, il semble naturel que les champagnes Mumm aient fait appel à Joseph Blanc pour la réalisation de leur propre cellier, cette même année 1898.

Joseph Blanc n’est pas un artiste reconnu pour la célérité mise dans la réalisation de ses commandes (ses retards de livraison sont légendaires). Par ailleurs, Joseph Blanc a subi une hémorragie cérébrale en 1896. Si il s’en est remis progressivement, ses capacités n’ont pas été totalement retrouvées deux ans plus tard. Est-ce ce contexte qui pousse Joseph Blanc à associer son élève Guillonnet à la réalisation de la commande des champagnes Mumm qu’il reçoit ? On peut le penser.

C’est donc en 1898 que la Maison Mumm décide de construire des celliers et bureaux en bordure de l’Hôtel de Ville de Reims (1 rue de Mars), avec deux objectifs : art et fonctionnalité. Cet immeuble témoigne encore de nos jours de l'exigence des Maisons de champagne dans l’élaboration de leurs grandes marques.

 

Plan de façade du projet architectural(1)

 

Bâtie en pierre dure du pays et en briques rouges avec une frise très décorative, elle se distingue surtout par la grande ouverture appareillée en granit qui semble ne devoir ouvrir sa porte en tôle ouvragée avec entourage en brique de verre Falconnier frappées d’un aigle (marque de la maison) que pour laisser passer d’énormes caisses ou des foudres gigantesques.

L’absence d’autres ouvertures sur rue donne un caractère de grandeur et de mystère à cette façade que vient égayer, à la partie supérieure, la frise décorative représentant, en grandeur naturelle, les différentes phases du travail du vin de Champagne depuis la vendange jusqu’à l’expédition.

Mosaïque de la vendange

Parmi les cinq panneaux séparés par des cariatides de pierre et exécutés en mosaïque d’émail par M. Guilbert-Martin, d’après les cartons de Blanc et Guillonnet, les deux situés aux extrêmitées représentent les travaux exécutés à la lumière du jour (la vendange et l’expédition) et les trois intermédiaires représentant les manutentions exécutées en cave.

Les quatre cariatides, d'une heureuse proportion, qui séparent ces panneaux, ont été sculptées par M. Wary, de Reims, d'après des modèles demandés à Emile Peynot.

Pour relier des thèmes si différents que ceux représentés par les cinq panneaux, la cave et le plein air, on a suggéré l’idée du souterrain par un mur de fond dans les trois panneaux du milieu, et l’idée de la lumière par un effet de ciel sur lequel se détachent les deux panneaux extrêmes, l'ensemble de ces panneaux se tenant par des enguirlandements de pampres qui courent en haut de la frise.

Les personnages et les accessoires sont traités avec la plus rigoureuse exactitude, faisant de cette représentation de travaux industriels un document unique en son genre pour l'histoire du travail en France au XIXe siècle.

Mosaïque du collage

 

La mosaïque, en cubes d'émail de 1cm, a reproduit fidèlement tous les détails, toutes les finesses des dessins et des couleurs de la maquette, et jusqu'à la ressemblance des ouvriers de la maison qui ont posé pour les différentes scènes reproduites, en donnant ainsi à ces reproductions la valeur de documents ethnographiques d'un haut intérêt.

Des rehauts d’or animent les pampres et des inscriptions d'or détaillent les opérations représentées, tandis que les quatre gaines séparant les panneaux expriment les sentiments exaltés par le vin de Champagne : Virtus, le Courage guerrier ; Ingenium, le Génie ; Amor, l'Amour ; Gaudium, la Joie.

Ce bâtiment actuellement propriété des Champagnes Jacquart est classé monument historique. La cuvée de prestige de cet établissement a reçu pour nom « Mosaïque » et les produits dérivés pour sa commercialisation reprennent les œuvres réalisées par Blanc et Guillonnet.

 

  • Facade du Cellier Jacquard à Reims
  • Mosaîque de la vendange
  • Mosaïque du collage et du recoupage
  • Mosaïque du remulage, du dégorgement et du dosage
  • Mosaïque du bouchage et du ficelage
  • Mosaïque de l’habillage et de l’emballage
  • Le Cellier Jacquard à Reims (vue de nuit)
  • La cuvée prestige des champagnes Jacquard : Brut Mosaïque Rosé
  • Emballage de luxe des champagnes Jacquard autour de la reproduction des mosaïques
  • Emballage de luxe des champagnes Jacquard autour de la reproduction des mosaïques
  • Emballage de luxe des champagnes Jacquard autour de la reproduction des mosaïques
HTML Scroller by WOWSlider.com v4.8

 

La relation très forte qui exista entre Guillonnet et son maître Joseph Blanc génère une autre interrogation.

On sait que Joseph Blanc est décédé dans une relative misère. Son adresse connue en 1902 était le 11 avenue des Tilleuls à Paris 17ème. Le Salon des Artistes français lui votait des subventions à la fin de sa vie (500 francs le 19 juin 1904) pour l’aider à vivre. Or il décède quelques jours après, le 4 juillet 1904, au 60 boulevard de Clichy, immeuble de luxe où Guillonnet a élu domicile depuis 1895.

Guillonnet a-t-il recueilli son maître à son domicile pour qu’il y termine ses derniers jours ? Joseph Blanc était devenu paralysé cette dernière année à la suite d’une nouvelle hémorragie cérébrale. Il convient de préciser toutefois que Joseph Blanc s’était remarié en secondes noces le 17 juillet 1900 avec Marie-Olympe-Aurélie Gaillac (à Boulogne-Billancourt). Enfin, sur l'extrait d'acte de décès il est précisé au domicile conjugal.

 

Domicile de Guillonnet au 60 Boulevardde Clichy à Paris (17ème) et où décèdera Joseph Blanc.

Dans ces circonstances, notre interrogation se justifie-t-elle ? Qui a la réponse ?


Notes

(1) La construction moderne 9-16 septembre 1899 page 591.