Fernand Cormon

Portrait de Fernand Cormon réalisé par Guillonnet (1906 – Musée du Petit Palais Paris)

Fernand Cormon est le maître de Guillonnet qui aura le plus fait pour lui. 

En 1897, Fernand Cormon permet à Guillonnet d'obtenir sa première commande d'État.

Le 5 avril 1897, Cormon écrit à Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts : « Dupré me demande le nom de mon petit Guillonnet. Ceci me prouve que vous ne l'oubliez pas. Je vous en prie, mon cher ami, tâchez de lui donner quelque chose d'assez important pour qu'il puisse y affirmer ses grandes qualités. Ce gamin là (Guillonnet va sur ses 25 ans) a de la puissance et je crois bien que c’est le seul en ce moment. » Et il écrit à Dupré: « C'est un garçon du plus grand avenir. »

Alors que Cormon avait été le professeur de Guillonnet dans les années 1891-1892 il convient de rappeler qu'il avait été également le professeur de Vincent Van Gogh en 1886 et d'Henri de Toulouse-Lautrec de 1882 à 1887.

La commande que Guillonnet obtient grâce à cette intervention concerne « Une partie de foot - Tenu » (lire rugby), monumentale toile (14 m de large pour 4 m de hauteur environ) destinée à la décoration du parloir du lycée Lakanal à Sceaux, en hommage à Frantz Reichel, introducteur du rugby en France et qui fut élève de ce lycée de 1885 à 1889.

Guillonnet y présente des « Félibres » assistant à la première partie de rugby dans le parc du lycée(1). Sceaux est alors considéré comme la « capitale » des félibres parisiens.

Guillonnet dépose sa toile au Salon des Artistes français le 5 avril 1899, le lendemain de son mariage et avant de partir pour son voyage de noce. Cette toile gigantesque pose aux organisateurs du salon des problèmes de présentation. Elle est installée en hauteur au-dessus d'œuvres d'autres artistes. Elle ne pourra être appréciée à sa juste valeur pendant le Salon. Elle est toujours en place au lycée Lakanal de Sceaux.

La Partie de Foot – Tenue (détail) – (1899 – Lycée Lakanal de Sceaux)

L’Exposition Universelle de 1900 à Paris

Pour l'exposition universelle de 1900, Fernand Cormon est sollicité à la fois pour les décors de la Salle des Fêtes (triptyques de la voûte), située au fond du Champs de Mars, et par le ministère des colonies pour la décoration des plafonds de leur palais éphémère, situé au pied du Palais de Chaillot dans les jardins du Trocadéro. La tâche est trop lourde pour lui et Cormon propose que son élève Guillonnet effectue deux des trois plafonds qui lui étaient destinés pour le Pavillon des Colonies. Cormon se réserve le plafond central.

Galerie d’honneur du Pavillon des colonies  aux trois plafonds

Plafond central de Cormon

 

Plafond de la salle carrée peint par Guillonnet sur le thème de la faune et de la flore

Guillonnet réalise les deux autres plafonds sur le thème des quatre continents (hors l’Europe). Le premier autour de la faune et de la flore, le second allégorique. C’est ce premier plafond qui obtiendra une médaille d’argent. Nous ne possédons de ce plafond que les reproductions photographiques qui en furent faites dans la presse de l’époque.

Nous avons plus de chance avec le plafond allégorique puisque des études préparatoires de celui-ci sont recensées en collections particulières. Il s’agit d’une coupole sphérique avec quatre allégories, se détachant sur un fond d’or, symbolisant l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et l’Océanie. Georges Scellier de Gisors, l’architecte et concepteur de ce Pavillon des Colonies, écrira à propos de ce plafond : « D’une composition charmante, d’une souple et brillante tonalité, cet ensemble décoratif fait un réel honneur à M. Guillonnet, à la maîtrise  duquel nous tenons à rendre un plein hommage ».


Plafond allégorique des quatre continents de Guillonnet

Georges Scellier de Gisors  poursuivait : « Cette voûte, celle de la galerie et la coupole du pavillon d’entrée forment un ensemble de premier ordre et nous espérons qu’après la fermeture de l’Exposition, Monsieur le Ministre des Colonies voudra bien nous faire l’honneur d’accepter ces œuvres d’art et leur trouver dans un bâtiment de l’Etat une place digne d’elles et de leurs auteurs. »

Etude pour le plafond allégorique du Pavillon des Colonies (collection particulière)

 

Etude pour l’allégorie de l’Asie (collection particulière)

Si le vœu de Georges Scellier de Gisors a été exhaussé, que sont devenus alors ces plafonds ?

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En 1895, les élèves de Fernand Cormon sont associés dans une amicale pour organiser chaque année, en un lieu différent, une exposition de leurs dernières productions. Les chefs de file en sont, à l'origine, Guillonnet et Granchy-Taylor. En 1898, par exemple, Guillonnet y expose son envoi pour le salon de 1897 « À sa toilette » et l'accompagne de « Surprise de Meaux » qui rend hommage à l'art consommé de son maître à grouper et faire mouvoir les masses.

Surprise de Meaux (1897 – collection particulière)

Avec l'accession à la présidence d'Emile Loubet, Cormon est choisi pour effectuer le portrait officiel du nouveau président. Cormon en profite pour recommander Guillonnet, lequel sera ainsi introduit dans le cercle des peintres officiels.

Au salon de 1906, Guillonnet présente le portrait qu’il a effectué de son maitre Fernand Cormon(2).

Lorsque le 26 février 1913, Fernand Cormon est élevé au grade de commandeur de la Légion d'Honneur. Guillonnet est choisi pour illustrer le carton du banquet et du concert organisés pour cette occasion au palais d’Orsay sous la présidence de Léon Bonnat, membre de l'Institut et directeur de l’Ecole nationale des Beaux-Arts. Il y représente son maître tel un personnage de son œuvre majeure « La fuite de Caïn ».

Cette communion entre le maître et l'élève ne va pas durer. Avant la Première Guerre mondiale, Guillonnet commence à être commercialisé par le galeriste Georges Petit, ce qui déplaît au maître. Pendant la guerre, Guillonnet, exempté d’armée pour sa montée rapide en loge à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts, se réfugie dans le midi de la France (autour de Cavalaire et à Carros) alors que Cormon reste à Paris, subit les bombardements et apprend, de mois en mois, la mort sur le champ de bataille de ses élèves. Guillonnet, lui, est tout occupé à peindre au bord de la Méditerranée les mille facettes des corps féminins drapés de voiles colorés où jouent le vent et la lumière.

Dans le journal de Cormon, que conserve la Fondation Taylor, on peut constater le divorce qui s'opère alors entre le maitre et l'élève:

10 mai 1918 : « J'avais cru un moment en l'avenir de Guillonnet. (Très probablement il serait devenu un autre Chenavard s'il avait vécu). Le caractère était nul, il aura gâché ses remarquables dons naturels. Et le voilà en plein commerce, en pleine manière, déjà vieux. (II aurait pu être un grand artiste. Il n’est plus qu'un objet de rapport). Il peut dire avec Federico Zucchero : l'important, en art, c'est de se faire une manière et une fois qu'on la possède faire vite et beaucoup. On gagne alors rapidement réputation et fortune. »

16 novembre 1918 : «Pour nos artistes, je crois qu'ils deviendront de plus en plus de malins commerçants. Je connais déjà plusieurs de nos jeunes qui grâce à cet idéal pratique ont perdu de leurs talents. Guillonnet et Zingg entr'autres. Je n'ai pas grande confiance dans la génération nouvelle. Le goût public est bien malade or pour gagner de l'argent il faudra lui plaire. Je plains les artistes sincères, si ces phénomènes existent encore.»

Le divorce entre eux est consommé.

En 1952, Guillonnet laissera ces quelques mots de témoignage sur son Maître : « En 1888, j'entre chez le Patron Fernand Cormon qui veut bien s'intéresser à moi et dont l'amitié que je lui rends passionnément me vaut la jalousie de quelques salopards qui trouvent le moyen de nous séparer. J'ai heureusement depuis retrouvé l'affection de Madeleine Couderc et de son mari » (fille de Cormon).

Note

(1) Guillonnet représente dans la foule des spectateurs : Edmond Rostand, Frédéric Mistral, Maurice Barrès et Paul Déroulède.