Sa bourse de voyage

En 1902, Guillonnet expose au salon des artistes français « La horde, l'invasion des Huns » et « Bénédiction des enfants en Sologne ». Le tableau représentant la horde est dominé par le tragique impérieux que lui a transmis son maitre Cormon.

La Horde – 1902 (Collection du Musée du Vieux Château à Laval)

Bien que hors concours depuis 1894, il est néanmoins classé par le Salon avec l'obtention du Prix National. II est ainsi récompensé par une bourse de voyage(1) dotée de 4 000 francs qui va le conduire durant un an en Algérie. Pour l'obtention de cette bourse, Guillonnet n'est pas précoce. II va sur ses 30 ans alors que ces bourses ne sont attribuées qu'à des candidats de moins de 31 ans révolus.

 

Fort de cette bourse, Guillonnet débarque à Alger à l'été 1902, puis se dirige vers Theniet El Had, sous-préfecture du département d'Orléansville, où se trouve un bureau de perceptions qui lui permet de toucher ses annuités(2).

Les habitants européens de Theniet El Had - environ 600 - sont majoritairement des fonctionnaires, des entrepreneurs et des forestiers (imposante forêt de cèdres sur la chaîne de I'Ouarsenis).

Guillonnet, en compagnie de son épouse, lors deson voyage d'études en Algérie en 1902

Guillonnet va s'attacher à capter et à représenter les grands moments et les rites des populations musulmanes. II rapporte, de ce voyage, une quantité d'études, parmi lesquelles « La danse du feu, secte des Aïssaouas (Algérie) », « Le Présage, mariage maure » qu'il présentera au Salon des Artistes français de 1904 ou « Vendredi, dans le cimetière arabe ».

Le Présage, mariage maure – 1902 (Réserves des musées de la ville de Paris) (3)

 


Etude pour « Le Présage, mariage maure »(collection particulière)

 

La danse du feu, secte des Aïssaouas (Algérie) – 1902, œuvre non localisée.

 

En 1903, il est encore en Algérie lorsque le président de la République y vient en visite officielle. C’est à lui que l’on demande de réaliser l’illustration du menu pour la réception qu’Emile Loubet donne à Alger le 27 avril 1903.


Menu de la réception donnée par le président Loubet à Alger le 27 avril 1903

 

D’Alger Guillonnet projette de rejoindre le Maroc par le Rif. On l'avertit que c'est extrêmement dangereux et il poursuit alors son voyage de retour vers la France par l'Espagne.

Cette année en Algérie s'est avérée être un tournant décisif dans la carrière de Guillonnet. II est considérablement impressionné par la lumière et les couleurs lumineuses de l'Afrique du Nord. Guillonnet y développe son intérêt pour la peinture en « demi ombres » et épouse les théories des impressionnistes sur les couleurs contrastées.

 

Notes :

(1) Ces bourses ont procuré à quantités de peintres et de sculpteurs, jeunes encore et déjà remarqués, l'occasion d'achever ou de renouveler leurs études, leur imagination et leur esprit dans les musées, dans les villes, dans les paysages de toute l'Europe et de tout l'Orient méditerranéen. Elles ont permis en particulier de faire renaître et prospérer l'orientalisme ; un orientalisme tout neuf (différend et indépendant de l'ancien orientalisme romantique), réaliste, documentaire, en général lumineux et clair, et surtout aussi varié que les tempéraments et que les curiosités individuelles.

(2) Elisabeth Cazenave « Les artistes de l’Algérie, dictionnaire des peintres, sculpteurs, graveurs 1830-1962 », Maxéville 2001.

(3) Le musée du Petit Palais détenait ce tableau « Le Présage, mariage maure ». Il est aujourd’hui dans les réserves de la ville de Paris, semble-t-il fortement détérioré alors qu’il s’agit d’une œuvre majeure de l’orientalisme de Guillonnet.