Peintre officiel de la IIIe République

« Peintre officiel de la IIIeRépublique » est un vocable qui ne correspond à aucun statut juridique mais à une situation de fait. Initialement attribué aux peintres ayant en charge les portraits officiels des Présidents de la République, comme Léon Bonnat. Ce qualificatif est étendu peu à peu, à tous les artistes qui travaillent pour le compte du Palais de l'Élysée, siège de la présidence de la République. L’âge d'or du menu illustré des repas officiels (1896-1914) va permettre à de nombreux artistes de prétendre à ce statut. C'est surtout sous le mandat d'Émile Loubet à la présidence de 1'État (1899-1906), marqué par une intense activité diplomatique, que nombreux seront les artistes français qui pourront revendiquer ce vocable.

 

Portrait du président Emile Loubet réalisé par Fernand Cormon (musée d’Orsay – Paris) – HST 118*95,5

 

Lorsqu’Emile Loubet accède à la présidence de la République, c’est à Fernand Cormon qu’il demande de réaliser son portrait officiel. C’est l’occasion pour Cormon d’introduire au plus haut niveau son protégé, Guillonnet.

Ce dernier va séduire par son art le président de la République et va surtout nouer des relations d’amitiés privilégiées avec le Secrétaire général de la Présidence, Abel Combarieu.

Le président Loubet donne un grand faste à sa présidence en développant des réceptions majestueuses dans les jardins du Palais. On les surnommera les « garden-partys » de l’Elysée. Là encore, les artistes sont invités à coucher sur la toile ces cérémonies mondaines et politiques.

 

Guillonnet sera retenu pour être l’un de ces peintres officiels et participera, plus que d’autres, aux illustrations des menus et à immortaliser les garden-partys qui y sont données.

Emile Loubet est également le Président qui va profondément réorganiser les voyages officiels de la présidence de la République. Désormais, il faudra faire la distinction entre les journalistes accrédités et ceux qui ne le sont pas. Les premiers feront partie, tous frais payés, du cortège officiel. Ils rejoindront la cohorte des artistes, des hommes de lettres et autres personnalités que le Président Loubet invite dans ses voyages. Les transports par rail sont organisés et les hôtels réservés. L’emploi du temps est minutieusement minuté. Les plans de table préétablis. Le tout est pris en charge sur les frais de fonctionnement de la Présidence. Un livret récapitulatif est adressé à chacun des invités avant leur départ. Ce livret est habituellement édité par la Compagnie des Chemins de Fer. Guillonnet fera souvent partie de ces invités en tant qu’artiste représentant la culture française.

Guillonnet sera décoré en 1901, alors qu’il n’a pas 30 ans, en étant admis comme officier dans l’Ordre royal du Cambodge suite à l’obtention de sa médaille d’argent lors de l’Exposition Universelle, à Paris en 1900, pour sa décoration monumentale du plafond du Pavillon du Ministère des Colonies.

Grâce au président Émile Loubet, Guillonnet obtient son premier achat d'État lors du salon des artistes français de 1901. II y présente, entre autres, « Los Seisses - Scène de la fête Dieu à Séville »(1).

La Fête-Dieu à Séville (1900) - Danse de Los Seisses ; 1901 - musée de la Miniature à Montélimar

 

Etude pour La Fête-Dieu à Séville (collection particulière)

 

C'est toujours sur demande présidentielle que ce tableau, acheté 2 300 francs par l’Etat français, est mis en dépôt au musée de la ville de Montélimar(2), patrie d'Émile Loubet.

Il devait participer à l'automne de la même année à la VIIIeExposition internationale d'art de Munich(3).

Son achat par l'État aurait dû empêcher le transfert de la toile en Allemagne sans autorisation. Une dérogation est donc sollicitée auprès du ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts. Celle-ci n'est pas accordée, mais l'arrêté de refus adressé à André Saglio, dit Jacques Drésa, commissaire des expositions du Grand Palais, ne peut être appliqué celui-ci étant parti en vacances. C'est ainsi qu'une toile, propriété de 1'État français, est présente à Munich, sans autorisation légale.

 

Notes :

( 1 ) Cette cérémonie est une réminiscence de la danse de David devant l'Arche. Elle est le dernier vestige des fêtes mi païennes, mi religieuses qui avaient lieu au Moyen Age. Sur un air de pavane les enfants dansent et chantent devant l'autel en s'accompagnant de castagnettes. Cette tradition est toujours perpétuée à la cathédrale de Séville pour la Fête Dieu.

( 2 ) Ce musée a été fermé en 1966 et son fond a été confié au musée de la Miniature de la même ville dont l’objet et la vocation n’a plus rien à voir avec les fonds confiés (http://www.montelimar-tourisme.com/FR/Le-musee-de-la-miniature). Le tableau de Guillonnet s’y trouve toujours et s'écaille avec les années, au fond d’une réserve, alors qu’il s’agit d’un dépôt de l’Etat. Que fait le ministère de la Culture pour le récupérer et le sauvegarder ? Nous verrons qu’il s’agit là d’une des premières œuvres de Guillonnet en tant que peintre ethnologue.

( 3 ) Alexander Heilmeyer, « Sur la VIIIe exposition internationale d'art de Munich ». 1901, dans Die Kunst unserer Zeit. 1900, n°12, p. 143-206.