A l’étranger

 Guillonnet appréciait voyager. Déjà, à peine diplômé de l’Ecole nationale des Beaux-Arts, Guillonnet fit un voyage en Turquie. L’Italie devint ensuite l’une de ses destinations préférées, source de nombreuses escapades à partir de sa résidence de Carros.

On sait qu’il était en Espagne en 1900 d’où il ramena les croquis pour réaliser sa toile « La Fête-Dieu à Séville (1900) - Danse de Los Seisses ». Cette toile fut exposée à l'automne 1901 à la VIIIe Exposition internationale d'art de Munich. De même, on sait que la toile représentant la « Garden party offerte à M. le Président de la République par le Conseil Général du Lot et Garonne » est repérée par les membres de la Grosse Berliner Kunst-Ausstellung qui tentent de l'obtenir, sans succès, le temps de leur exposition à Berlin du 1er mai au 26 septembre 1909. Guillonnet s'est-il déplacé en Allemagne à l'occasion de ces expositions ?

Grâce à sa bourse de voyage il découvre l’Algérie. Il en revient en 1903 en passant à nouveau par l'Espagne.

Les voyages officiels auxquels il participa avec les Présidents de la République Loubet et Falguière lui en accentuèrent sans doute le goût. On sait aussi que le Président Loubet offrit en cadeau à Saint-Pétersbourg au Tsar de toutes les Russies, Nicolas II, une toile de Guillonnet. Où est-elle aujourd'hui ?

On sait qu’après l’Exposition Internationale de San-Francisco (1915) où Guillonnet était présent avec deux toiles, sa toile "La courte pointe rose" participa pendant toute la durée de la Première Guerre Mondiale à toutes les expositions liées à celle de San Francisco (voir la page « La guerre des Salons) sur toute l'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada).

Son dossier d'instruction au grade d'officier dans l'ordre de la Légion d'Honneur nous indique qu'il a exposé entre autres dans les villes suivantes : Wiesbaden, Rome, Gand, Bruxelles, Barcelone, Buenos-Ayres. On y apprend aussi qu'il fut conseiller artistique pour l'Exposition Universelle de 1922 à Rio de Janeiro, et enfin qu'il effectua en 1920 une mission d'étude en Algérie pour le compte du Ministère des Beaux-Arts.

C'est sans doute en tant qu'illustrateur que Guillonnet rencontre l'Amérique pour ses 21 ans. Il avait participé aux illustrations collectives du texte de Camille Flammarion "La fin du Monde". Cet ouvrage fut publié sous forme de feuilleton dans différentes revues avant d'être édité sous forme de volume en 1894 chez Ernest Flammarion. C'est la revue américaine "The Cosmopolitan" qui publie la traduction anglaise du feuilleton dès 1893 sous le titre "The last days of the World". Les illustrations de Guillonnet accompagnent le texte. Dans son numéro d'août 1893, "The Cosmopolitan" publie en frontispice une illustration de Guillonnet. Celle-ci est gravée par Rochegrosse alors que les illustrations pour Flammarion sont gravées par Méaulle. Il semble donc que cette illustration soit une commande particulière.

En 1900, Guillonnet est en relation sur Philadelphie avec l'éditeur George Barrie & Son pour illustrer la réédition du roman de William Harrison Ainsworth : "Cardinal Pole". Il illustrera en 1904 un autre roman d'Ainsworth "Guy Fawkes" chez le même éditeur.

Exemples d’illustrations de Guillonnet pour « Cardinal Pole » de  William Harrison Ainsworth

Il convient de signaler que les ouvrages de Viola Ruth Lowe, "The beautiful story of Joan of Arc, the martyr maid of France" (1933, éditeur Whitman Publishing Co - USA, Wisconsin) et "Joan of Arc, Maid of Orleans" de Jeanette Struchen ne font que reprendre les illustrations faites par Guillonnet pour l'ouvrage de Funck Brentano. Cette liste n’est pas exhaustive. Il existe à Philadelphie une étude pour une illustration dont le support n’a pas été identifié :

Illustration non identifiée (collection particulière)

La première galerie d'art ayant commercialisé Guillonnet sur le sol américain semble être Dudensing Galleries, galerie d’art à New-York (1920-1941). Dès 1920, Guillonnet est l'un des premiers artistes français exposés dans cette galerie. Pour exemple, Matisse n'y sera exposé qu'en 1925.

Cette exposition permettra à Guillonnet d'être en couverture de la revue américaine « Arts and
Decoration » de septembre 1920 qui publie la reproduction d’un tableau de Guillonnet exposé. Cette publication est la trace la plus ancienne connue de Guillonnet chez un galeriste aux Etats-Unis.

C'est en tant qu'artiste peintre décorateur que Guillonnet aura sa plus forte implantation aux Etats-Unis. Comme pour la Casa Amarilla à Caracas, c'est l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925 à Paris et la Cour des Métiers qui en est l'origine.

Rodman Wanamaker qui a succédé à son père John à la tête des grands magasins Wanamaker de Philadelphie visite l'Exposition et jette son dévolu sur les décors de la Cour des Métiers. Il veut acquérir les 3 toiles de Guillonnet comme celles de Marret et de Rapin. L'affaire est irréalisable, l'Etat français ne commercialisant pas les œuvres réalisées pour son compte. Ce n'est pas un obstacle pour Wanamaker (dont la fortune est colossale). Il réunit les trois artistes dont on lui refuse d'acquérir les œuvres et leur commande la reproduction de leurs tableaux. Tous acceptent la proposition.


Magasin Wanamaker à Philadelphie

A l'été 1927, les copies sont réalisées et arrivées à Philadelphie, soit neuf toiles de 4m sur 6m approximativement chacune.

Il est évident que ces toiles ne pouvaient être identiques aux originales. Guillonnet y inclut doncdes frises en bordure et y inclut le titre du thème traité pour les différencier. Ainsi, « Les jardins » devient « The garden ». Dans « The dress » (La parure) il pousse la fantaisie à y inclure des singes.


Les jardins – Exposition des Arts Décoratifs de 1925


The garden – Magasin Wanamaker (photographie d’époque)


La parure – Exposition des Arts Décoratifs de 1925


The dress – Magasin Wanamaker
(photographie d’époque)

La revue "Store and Home" dans son numéro d'été de 1927 rend compte ainsi de
l'évènement (1) : " A l’intérieur du magasin Wanamaker, en hauteur, au-dessus des foules
agglutinées et du spectacle offert par les clients montant et descendant, l’on trouve ces
magnifiques peintures murales d’origine française. Un brasier ardent de couleurs
invraisemblables, un assemblage complexe d’ombres et de lumières, une intrication de motifs,
que seul un génie peut avoir imaginé et peint.
" L’on parle des magnifiques peintures murales qui s’étendent à l’aplomb des ascenseurs
immédiatement visibles dès lors que l’on entre par la Porte donnant sur Chestnut Street. Les
décorations dont on parle sont l’oeuvre de trois artistes français réputés, tous membres de la
Société des Artistes Français à savoir : Guillonet, Marret et Rapin."

Pour Guillonnet la relation avec Wanamaker va se poursuivre. Rodman est passionné par les arts liturgiques. Il commande alors à Guillonnet les décors de Noël pour son magasin. Pendant 10 ans il devra illustrer les grandes étapes du Christianisme.

Noël 1928, Guillonnet fait parvenir un monumental triptyque sur le thème de la naissance du Christ avec son adoration des mages.


Carton d'invitation à l'évènement


Panneau central


Installation au sein du « Court » central

Rodman Wanamaker décèdera quelques temps avant cette installation, mais le contrat se
poursuivra.

Pour Noël 1929, Guillonnet choisit la bataille du pont Vilmius ou Constantin bat Maxence le 28 octobre 312 après avoir équipé ses soldats du symbole d’un chrisme dont il avait eu la vision et entendu « Tu vaincras par ce signe ».


Installation au sein du « Court » central


Etude du projet offert à Howard L. Kraft
, (2)
directeur administratif des décorations d’art chez Wanamaker

Un billet de la revue Comedia du 21 août 1929 nous apporte les dimensions de cette œuvre : « Commandée par des Américains et destinée à la ville de Philadelphie, une vaste peinture décorative est sur le point de quitter l’atelier de son auteur, Guillonnet, pour les Etats-Unis. Le sujet imposé à l’artiste était une reconstitution historique de la grande bataille que livra contre Maxence, Constantin 1er, alors que lui apparut, selon la légende, la croix de feu portant cette inscription : In hoc signo vinces. M ; Guillonnet l’a réalisé en triptyque, dont l’ensemble mesure 13 mètres et demi de largeur sur une hauteur de 6 mètres. »

De tels décors avaient pour rôle économique d’attirer la clientèle dans les magasins. Chaque nouveau décor était donc  l’occasion pour les magasins Wanamaker d’organiser un grand plan média. Pour impressionner le public sur le gigantisme de ces décors il fallait communiquer sur les prouesses de l’installation. Pour exemple :


Extrait de presse sur l’installation extrait de The Philadelphia Record (17 novembre 1929)

Il existe en collection privée quelques calques d’études préparatoires à ce triptyque, ce qui nous permet de prendre conscience de l’énorme travail réalisé par l’artiste pour aboutir à son œuvre.


Etude en nu de la scène centrale (collection particulière)

Détail d’une étude correspondante à la même scène (collection particulière)


Etude en nu de la scène latérale droite (collection particulière)

Guillonnet y dessine la soldatesque se précipitant au combat sur le pont Vilnus avec des corps qui en tombent ainsi que les cavaliers


Etude de la même scène (collection particulière)


Détail d’une étude correspondante à la même scène (collection particulière)


Etude en nu de la scène latérale gauche  (collection particulière)

 
Etude de la même scène (collection particulière)

 
Détail d’une étude correspondante à la même scène (collection particulière)

Pour Noël 1930, Guillonnet choisit pour thème la libération de Jérusalem en cinq panneaux monumentaux.


Installation au sein du « Court » central

 

 Panneaux latéraux de gauche


Panneau central

 Panneaux latéraux de droite

  • Déroulement de la toile
  • Mise sur châssis
  • La toile sur chassis est hissée à son emplacement
  • Effet final du décor
  • Après les fêtes de Noël, les toiles sont placées dans les rayons
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Processus d’installation

Ces décorations avaient une seconde vie puisque les fêtes de Noël passées, ces panneaux décoraient encore les rayons latéraux.

En 1930, Guillonnet perd son épouse, Mimi, qui assumait toute la logistique (transport, douane) pour l’acheminement à Philadelphie de ces toiles monumentales. Incapable d’assumer seul cette tâche administrative, Guillonnet se vit contraint d’interrompre sa participation aux fêtes de Noël pour les magasins Wanamaker. C’est Henri Maret(2) qui lui succèdera l’année suivante avec « Les prophètes », série de huit bannières.

Enfin, dans les notices biographiques de Guillonnet il est souvent fait mention d’un chemin de croix réalisé pour Philadelphie. Sans doute est-ce là une commande effectuée par Rodman Wanamaker qui a beaucoup œuvré pour la décoration des édifices religieux de sa ville. Existe-t-il toujours et où ? Une étude pour un décor religieux retrouvé dans les archives de Guillonnet donne une indication sur une église St Luke.


L’adoration des anges (gouache – collection particulière)

Le tableau original fut présenté en 1933 au Salon des Artistes français. Il fut reproduit en sérigraphie (procédé de communication usuel aux magasins Wanamaker).

Sérigraphie de l’Adoration des anges

Guillonnet devant l’Adoration des Anges

 

  • Henley Regata
  • Ball Room
  • Partie de tennis à Wimbledon
  • Hyde Park Roten Row
  • Autumn Hunting
  • Joan of Arc
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Autres œuvres localisées à Philadelphie

Notes :

  • (1) Texte original : « HIGH above the thronging crowds and the shifting pageantry of the surging people, are these great French mural paintings in the Wanamaker Store. A sudden glow of gorgeous color, an intricate patterning of lights and shadows, an interweaving of design, that genius alone could have conceived and executed. « These are the great wall paintings that stretch across the space above the elevators that you see as you enter the Chestnut Street doors. The new French mural decorations are the work of three distinguished artists, all members of the Societé des Artistes Français : Henri Marrets, 0. D. V. Guillonnet, and Jean G. Rapin. »
  • (2) Bureau de Howard L. Kraft, directeur administratif des décorations d’art chez Wanamaker, entouré de ses collaborateurs :

  • (3) Site dédié à l’artiste Henri Marret : http://www.henrimarret-peintre.fr/