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Octave-Denis-Victor Guillonnet, connu aussi sous les signatures ODV Guillonnet ou EODV Guillonnet, voire ODV GUI ou EODV GUI, est un artiste peintre français, classé postimpressionniste  (1872-1967).

Peintre dit « officiel » de la IIIe République française sous les présidences d'Émile Loubet et d'Armand Fallières. Peintre du sport, décorateur de palais nationaux et d'édifices religieux, précurseur des arts décoratifs, il est également portraitiste et illustrateur.

Né trop tôt ou trop tard pour s’intégrer dans les grands courants picturaux qu’il a connu, enfant précoce puisqu’il expose pour la première fois alors qu’il n’a pas 14 ans, il meurt à 95 ans respecté bien qu’oublié.

Son œuvre importante se retrouve entreposée (s’abiment pour certaines toiles) dans les réserves des très nombreux musées de France et de l’étranger qui en ont la garde.

Les archives du peintre ont été détruites ou perdues après son décès. Reconstituer sa biographie est donc une gageure. Celle qui est présentée ici a été élaborée à partir des articles de presse dont il a fait l’objet et des nombreux dossiers concernant ses commandes ou achats d’Etat conservées aux Archives Nationales ainsi que dans les dossiers documentaires élaborés par les musées détenteurs de ses œuvres.

Libre au visiteur de ce site qui pourrait apporter sa pierre à cet édifice d’y participer.

L’auteur de ce site est un retraité qui a passé sa vie dans l’administration d’entreprise mais qui n’a pas oublié avoir, dans sa jeunesse, effectué des études universitaires en Histoire dans le cadre d’une licence. Il vit à Nice et Guillonnet y est considéré comme un peintre local puisqu’il vécut à Carros (Alpes-Maritimes) quatre mois chaque année pendant près de 70 ans. L’école primaire de Carros porte le nom de « son » artiste peintre. Il était surnommé dans ce village « Il pittore ».

Dès à présent, que soient remerciés pour leur aide à cette étude  Jean Lemasson, beau-fils de l’artiste, Jean-Pierre Judlin, filleul du peintre,  Fanette Hills, la sœur de ce filleul, ainsi que Bernard Vialsoubranne, ancien galeriste qui tenta longtemps de constituer un catalogue raisonné de l’œuvre de Guillonnet. Sans être exhaustif, il convient aussi de citer ici Dominique Landucci, artiste peintre, qui occupe à Carros l’ancien atelier de Guillonnet au lieu-dit « La Forge » et qui est un fervent défenseur de la mémoire de celui-ci.

Hervé Dubois

Bénédiction des biens de la terre (1940 – Musée des Beaux-Arts de Rouen) HST 77*101,5cm

 

Un peintre inclassable

En fait, pour être brillants, les débuts d'Octave Guillonnet le feront apparaitre comme un artiste somme toute classique : comme les Nabis avec lesquels il aura de nombreux points de convergence, il consacrera une part importante de son temps à l'art monumental qu'avaient abandonné les Impressionnistes, aidé en cela par plusieurs importantes commandes officielles. Cependant, les œuvres de cette première période, empreintes d’un sens aigu du décoratif, voire de la grandeur, ressortiront d'une palette encore très académique.

Aux lumières douces, aux tons pastels, aux paysages d'eau calme et froide qu'affectionnait Chabas, Octave Guillonnet préférera les pleins soleils, le fort contraste des lumières et des couleurs, la beauté de la nature domestiquée, humanisée : jardins fleuris, paysages et gens simples de la Haute-Provence, jeunes et jolies femmes en bord de mer dans le grand soleil du Midi.

La première période d'Octave Guillonnet, qui est déjà caractéristique de son style, s'étend jusqu'au séjour qu'il fera en Algérie durant les années 1902-1903 et au cours duquel il parviendra à un approfondissement décisif du rendu de la lumière des luminosités qui lui vaudra dès lors d'occuper une place å part.

De ce séjour en Algérie, on peut réellement dire que ce fut le tournant décisif de sa carrière: en effet, il va y découvrir la façon dont l'œil humain saisit l'éblouissement dans la grande lumière, non pas seulement par l'intensité même de la lumière ou par la vibration de l'air, ce qu'avaient déjà découvert les Impressionnistes, mais surtout par le contraste des luminosités.

Pour rendre ce contraste, il aura recours à des plages juxtaposées s'opposant parfois violemment, faites chacune de couleurs aux valences très proches, comme chez Monticelli.

Il percevra aussi que les objets situés dans la pénombre perdent une partie de leur couleur propre pour prendre celle de l'environnement dans lequel ils baignent : l'ombre n'est pas faite de noir, ce qu'avaient déjà vu les Impressionnistes, mais en plus sa couleur est en partie le reflet de celle des objets environnants.

 Ombre et soleil (Provence) – 1915 – Musée de Tourcoing 

 

Mis à part toutefois les portraits qu'une clientèle nombreuse exigeait de lui et qui devaient répondre aux normes du genre et du temps, Octave Guillonnet sera dès lors un peintre du soleil et de la lumière.

En même temps, il abandonnera sa signature, simple écriture de son nom au profit d'un graphisme plus original, consistant parfois en l'abrégé de son nom GUI, précédé des initiales de ses trois prénoms O.D.V.

Peintre du soleil, Octave Guillonnet passera les années de la Grande Guerre dans le Midi, principalement à Cavalaire, tout occupé à peindre au bord de la Méditerranée les mille facettes des corps féminins, drapés de voiles colorés où jouent le vent et la lumière, ou les aventures de ses modèles avec Marius, petit pêcheur devenu semble-t-il assidu des rivages plus que de l'eau …

Peintre du soleil, Octave Guillonnet le sera plus encore, si faire se peut, à Carros, village des Alpes-Maritimes perché sur une colline pierreuse où, dès 1899, il ira passer ses étés.

A partir de 1921, tout en conservant son atelier du boulevard de Clichy, il louera puis acquerra à Garches une maison entourée d'un grand jardin.

Octave Guillonnet aimait les fleurs et le chatoiement de leurs couleurs, les ordonnancements savants de ces univers clos que constituent les jardins.

Son épouse, Emilie, femme active, attentionnée, efficace, qui sait guider la carrière de son mari, le seconder, le conseiller, constituera pour lui, dans ce jardin de Garches, un extraordinaire univers de fleurs et de plantes où il puisera, au rythme des saisons, une inspiration sans cesse renouvelée.

C'est en hommage å sa femme qu'il fera précéder ses signatures de l'initiale de son prénom. Il la rajoutera sur la quasi-totalité de ses œuvres, après la disparition prématurée de sa compagne en 1931.

Quelles que soient ses sources d'inspiration, l'Art de Guillonnet se caractérise nettement par l'utilisation de couleurs aux valences très proches formant des plages d'ombre et de lumière se juxtaposant et donnant la perspective et l'impression de relief.

Que ce contraste soit très fort ou qu'il soit trop réduit, l'œil doit rester sur la toile, incapable d'en discerner d'abord les détails.

Ainsi se dégage de ses peintures l'impression d'un univers très secret, cloisonné, même lorsque l'immensité des montagnes de la Haute-Provence s'étale au soleil dans la trouée des grands chêneslièges.

Ainsi Octave Guillonnet arrive à nous faire saisir sa vision profonde des choses, celle du promeneur qui découvre soudain un monde å part, en requérant de nous cet effort du regard qui oblige à donner de soi-même pour pénétrer le sens de l'œuvre : comme dans certains tableaux d'un Vuillard, la surdité des tons interdit l'immédiate incompréhension.

Les couleurs sont éclatantes, et pourtant le monde où nous sommes conviés est intime, les espaces peuvent être grands, et pourtant l'impression ressentie et rendue est celle d'un monde fini, parfait en lui-même, tant cette impression ressentie nous est traduite dans sa plénitude.

Peintre du soleil. Octave Guillonnet ne délaissera pas pour autant l'art monumental et il y consacrera de très longues périodes de sa vie, ayant à satisfaire de nombreuses commandes officielles, tant françaises qu'étrangères. Citons la salle des Cariatides à l'Hôtel de Ville de Paris, la mairie du XVe arrondissement, le pavillon des pampres å Sao Paulo, l'église de Jargeau mais surtout la décoration du ministère vénézuélien des Affaires Etrangères à Caracas et de grands panneaux sur les étapes du christianisme à Philadelphie.

Une question reste posée: pourquoi Octave Guillonnet ne fit pas partie du groupe des Nabis?

Comme eux, il aura redonné une place prééminente au dessin (il fera des esquisses nues de certains personnages avant de les peindre habillés), comme eux il rejettera la ligne pure auprofit d'un certain flou, il choisira et traitera ses sujets pour leur beauté, leur aspect décoratif, comme eux enfin, il redonnera ses lettres de noblesse à l'art monumental, enfin il utilisera une technique très fine qui en fera un intimiste des scènes d'extérieur, un intimiste de la lumière.

Tous ces points le rapprochent du groupe des Nabis dont il eût pu sans outrances, constituer une composante.

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, qui contiennent sans doute chacune une part de vérité : en premier lieu, Octave Guillonnet était trop jeune au moment de la constitution du groupe: il n'aurait pu au mieux que prendre le train en marche à une époque où le groupe perdait sa cohésion des premières heures. On peut aussi penser que sa carrière s'étant annoncée sous de brillants auspices, Octave Guillonnet ne devait pas avoir grand-chose à envier aux Nabis et à leur notoriété.

Cependant, la raison la plus plausible semble bien être sa réserve et sa modestie naturelles dont il ne se départira jamais et qui lui ont sans doute interdit d'adhérer aux prétentions prophétiques et à 1' esprit de système des Nabis, de même que les excès de couleurs ou certaines simplifications excessives des formes ne pouvaient convenir à sa conception scrupuleuse de l'Art.

Ainsi Octave Guillonnet nous offre, dans la grande lignée du classicisme, une représentation plus achevée, plus pénétrante du monde visible, de la lumière, de l'âme des choses.

 

Bernard GASSOT

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